Madame Aix qui répugne à être mère à cent pour cent s'efforce pourtant d’être une mère excellente, aussi paradoxal que cela puisse paraître. Les mères sont presqu’obligées de viser l’excellence dans cette société marquée par l’injonction à être une « bonne mère » (Messant, Modak, Praz, 2011). Cette injonction à la bonne parentalité recouvre d’ailleurs une psychologisation des relations parents-enfants, selon Bajos, Ferrand, Leridon (2011). Si on peut admettre avec Winnicott que, pour le bon développement psychique des enfants, une mère doit être « suffisamment bonne »(132), on peut critiquer le fait que l’idéale de la « bonne » mère telle qu’elle est imposée par la société actuelle soit quasiment inatteignable. Cela est d’autant plus insensé que l’on impose aux femmes d’être excellentes non seulement dans cette responsabilité domestique mais aussi dans le travail non-domestique. Pour répondre à tout cela, certaines jonglent avec l’organisation du travail domestique ou son externalisation. Mais il faut aussi penser à sa réduction (Glenn, 1992), quand on constate comment les tâches liées au soin des enfants ont tendance à augmenter au fil du temps. Faut-il forcément leur donner un bain tous les soirs ? Combien de mères auraient préféré ne pas avoir à leur lire des histoires tous les soirs ? Est-il indispensable que l’école leur donne des « devoirs de maison » ? Quelle dose de propreté est indispensable à l’environnement des enfants ? La réduction est d’autant plus nécessaire que la mécanisation du travail domestique reste limitée (Giedion, 1983; Gelin, 2006) particulièrement dans le care.
L’injonction à l’excellence pour les mères porte les femmes à la culpabilité. Face aux demandes excessives de l’un de ses enfants par exemple, Madame Aix fait cette hypothèse : « Il n’est pas content ! Il souffre ! (…) Cette souffrance de l'enfant c'est un truc qui... ça me perturbe ». Ici, c’est l’idée du bien-être ou du mal-être des enfants qui est mis en avant. Giampino (2000) analyse dans le sentiment de culpabilité surtout chez les mères qui travaillent. Pour elle, ce sentiment des mères est le fruit d’une culpabilisation sociale des mères dites absentes (Giampino, 2000). « La pression exercée sur les femmes passe par l’intérêt supposé de l’enfant. La manipulation est efficace » (p. 222), affirme l’auteure. Madame Aix va se charger de pas mal de tâche en se disant que les enfants souffriront moins si c’est elle qui s’en charge : « Je veux aussi faire moi-même quelque chose pour mes enfants. Déjà que je ne suis pas là la journée ». La question de « l’amour maternel » et la prétendue souffrance des enfants sont mélangées chez cette mère travailleuse pour créer le sentiment de culpabilité. A ce rythme, on comprend pourquoi cette patronne se sent coupable de prendre du temps pour ses besoins personnels.
« Ben je ne me reposais pas. Parce que j’avais la journée de travail, et en plus j'avais la journée à la maison. Donc ça s'additionne. J'avais pas tellement de temps pour me reposer.... j'avais pas besoin de repos, j'étais plus jeune. (…) Ben dans une vie équilibrée, bien remplie, on n'a pas beaucoup de fatigue physique. Moi je ne ressentais pas spécialement la fatigue physique ».
C’est le propos de Madame Laguerre qui minimise la fatigue. Alors que selon Madame Aix explique, les heures de sommeil diminuent avec la responsabilité de mère. Mais elle aussi, elle minimise cela. Ce qui la choque le plus c’est de devoir réduire à l’extrême ses activités personnelles. « On a moins de temps pour soi. Ça c'est un truc! Plus de ciné ! », regrette-t-elle. Elle n’a plus le temps de lire, et affirme que c’est pénible de prendre soin de son réseau relationnel puisqu’elle n’a que le soir pour envoyer quelques mails, après le coucher des enfants. A part Madame Forbe, ces femmes ne parlent quasiment pas du soin de leur corps, et pourtant on peut imaginer comment il doit leur être difficile d’être aussi investies dans les responsabilités domestiques et d’incarner l’image de la travailleuse mince, propre et belle qui, à peine son tablier rangé, enfile séduisante veste et talons aiguilles, pour le plaisir de son mari et de ses collègues. Le culte du physique excellent(133) s’ajoute ainsi à la double injonction à être performante à la fois dans la vie professionnelle et dans la vie familiale. Si Madame Laguerre faisait du sport, Madame Aix se plaint de ne pas en avoir le temps. Elle arrive difficilement à y consacrer une heure par semaine. Pour elle, le plus dur est que le temps consacré au sport correspond en fait à un temps passé sans les enfants, ce qui est impensable pour cette mère qui culpabilise déjà d’être absente le jour. Tant qu’elle n’est pas « entièrement » consacrée aux enfants, elle culpabilise, ce qui lui a interdit le moindre petit loisir, même pendant son congé parental alors que la nounou gardait le bébé : « justement j’étais même pas aller au cinéma, J’ai même pas profité pour faire des trucs. Un ptit peu, mais pas beaucoup quoi. Il y a ce côté ‘Quand même, il faut que je sois là !’ ». Cette obligation à « être là » l’a aussi empêché de profiter pleinement de cette activité bénévole à la bibliothèque pour enfants : « (…) ça c’était vachement intéressant. Mais en même temps, il fallait que je sois avec mon bébé quoi. Ce n’est pas possible de… Je ne pouvais pas laisser non plus mon bébé, même avec quelqu’un de très gentil ». Le paradoxe de la maternité la rattrape encore une fois : il faut faire autre chose (pour se sentir utile, bien, reconnue, ...) et en même temps il faut être avec le bébé. Or la fusion mère-enfant doit s’arrêter à un certain moment(134). Et dans l'entretien, elle revient systématiquement sur cette idée de culpabilité à chaque fois qu’elle parle de quelque chose qu'elle trouve intéressant, ce qui fait penser à un interdit face à tout ce qui peut être jouissif. A bien réfléchir, elle s’est interdite d’aller au cinéma, pas parce que ça la retiendrait loin de chez elle (elle allait dehors prendre un café et lire son journal, elle sortait faire ses courses ou allait chez le médecin, tenait la bibliothèque pour enfants, etc.). Elle s’est interdit le cinéma plutôt parce que ce serait pour elle un véritable loisir, elle qui est passionnée de cinéma. Plus c’est jouissif, plus c’est culpabilisant. Et autant elle croit que les enfants souffrent, autant elle pense qu’elle doit souffrir. C’est à cet interdit de jouir que se mesure pour elle sa bonté de mère. C’est ainsi qu’elle trouve tout à fait normal de se sacrifier, même si elle regrette parallèlement le fait de devoir renoncer à ses activités. « Peut-être que quelqu’un dans ma situation — en congé parental et avec la nounou à disposition — se serait barré toute la journée à faire autre chose. (…) Mais… J’avais besoin de la nounou parce que, seule, je trouvais ça trop dur. Et en même temps,… Voilà ! », conclut cette femme.
Point n’est besoin d’ajouter que Madame Aix n’a pas le temps de faire des activités avec des amies, à part celles qui s’inscrivent donc dans le domus (les inviter à diner par exemple). Et là encore, « C’est toute une gestion », se plaint-elle. Pourtant, Madame Forbe, cette retraitée, fait de ses années de jeunesse un récit enjoué rempli d’épisodes assez festifs. Même dans sa vieillesse, elle continue à aimer la fête, les paillettes, tout ce qui brille. Elle aime les concours de beauté, Miss France, Reine des fleurs, les fêtes patronales, les bals, les fêtes champêtres, les célébrations, etc. Plusieurs évènements de sa vie ont eu lieu chez la coiffeuse, dans un magasin de lingerie fine, dans un atelier de mode, etc. Malgré sa vie de mère et d’épouse ou son investissement joyeux au travail, elle s’est toujours forgée un temps pour la fête, la vie amicale et associative. Cet amour pour le plaisir et le luxe lui ouvre d’ailleurs parfois les portes du monde du travail. Il ne serait pas pertinent ici de faire une comparaison linéaire entre la posture de ces deux femmes, et les moyens manquent de montrer en quoi la chronologie (l’histoire des femmes en France, l’évolution dans le temps du soin des enfants, etc.) creuse des écarts entre l’attitude de cette femme d’environ 80 ans et Madame Aix qui n’a pas encore la quarantaine. Mais on peut noter que Madame Aix se montre « plus mère que femme », alors que Madame Forbe s’est toujours montrée « plus femme que mère », pour reprendre les expressions de Caroline Eliacheff et Nathalie Heinich (2003)(135).
Giampino (2000) voit dans le sentiment de culpabilité des mères un facteur qui parasite non seulement leur vie professionnelle mais aussi leur vie de femme et d’épouse. Il ne s’agit nullement ici de présenter comme idéal « le couple hétérosexuel soudé » ou de reprocher à Madame Aix d’abandonner son mari. On doit juste noter la contradiction qui marque sa vie : elle dit ne pas avoir de temps pour entretenir sa vie de couple, et en même temps elle est fondamentalement attachée à cet idéal de couple hétérosexuel soudé : la famille normale.
Dans la vie de cette femme, le temps pour le couple est « très réduit ». Elle explique cela par les responsabilités parentales. Quand les enfants partent en vacances il lui reste un peu de temps pour être avec son mari, mais depuis la naissance de son premier enfant, elle n’est partie qu’une seule fois en vacances avec son mari, sans les enfants. « C'était super, extraordinaire ! », s’exclame-t-elle, avant d’ajouter : « C’est vachement sympa de partir. (…) Mais je ne peux pas, parce que ce n’est pas possible de laisser mes enfants quinze jours, c’est trop égoïste quoi. Ce n’est pas possible ». Et reprenant ici encore l’idée de la souffrance fondamentale des enfants, elle déclare : « Des couples qui font des choses ensemble, c'est forcément au détriment des enfants. Sinon je ne vois pas ». Pourtant, elle croit à un idéal de « famille normale » et raconte sa rencontre avec son mari comme un roman à l’eau de rose. « L'amour rend aveugle mais le mariage rend la vue », a-t-elle appris, mais elle continue à rester « aveugle » après une dizaine d’années de mariage : « On n’a jamais douté ni l'un ni l'autre du choix que l'on a fait l'un de l'autre. (..) On ne s'est pas trompé. C'est très réconfortant ». Elle se plaint du manque d’intimité partagée avec son mari, mais rapidement elle corrige : « Ce n'est pas sa faute à lui, ce n'est pas sa(136) faute à moi. On a fait des enfants ensemble, c'était un choix. Ça a des conséquences pas anodines ». Le mari est toujours déresponsabilisé face à tout, ce n’est jamais sa faute. C’est peut-être pour elle le prix à payer pour faire famille normale. Cette femme se sacrifie à cet idéal de famille, accepte d’être suresponsabilisée et justifie l’absence de son mari. Finalement, tout se passe comme si la production des enfants répondait fatalement à l’absence de temps pour le couple, et que c’était uniquement de la responsabilité des mères de forger du temps. Le couple solide qu’elle défend autant serait donc celui où une femme subit la division sexuelle du travail sans responsabiliser son mari, s'organise jusqu'à s’oublier(137), s’arrange avec l'externalisation en laissant son mari tranquille, et assume courageusement la double journée sans se plaindre.
Madame Aix ne conçoit pas de s’engager autrement que dans son rôle de mère. Madame Forbe n’a pas réussi à partager les premières années de sa fille. L’engagement et le renoncement marque ainsi le travail de ces mères. Une maman excellente ne peut pas être femme (rechercher du plaisir pour elle ou son couple), car ce serait abandonner les enfants « qui ne rêvent que d'une chose, c'est qu'elle soit là en permanence », dit Madame Aix. Cette idée d’engagement pour les enfants est importante pour cette femme qui croit que sa grand-mère maternelle a fait souffrir sa mère à qui elle n’était pas suffisamment attentive. Et sa mère qui a tant souffert aurait aussi fait souffrir ses enfants en divorçant de leur père, dit-elle. Les enfants souffrent, et ce à cause des choix de leur mère, et c’est cette déduction qui détermine le comportement de Madame Aix. Son engagement auprès de ses enfants est donc ce qui lui permet de réparer son histoire familiale où les femmes ont failli à leur engagement. Sa résolution alors est d’avoir des enfants à tout prix, et de se sacrifier à tout prix pour eux. Nous avons discuté du coût de la production d’enfant. Mais si cette femme confirme que le prix à payer est élevé, elle ne pense pas que c’est une raison d’y renoncer :
« Les gens ne veulent pas d’enfant parce que, ils n’aiment pas les enfants, ça les intéresse pas. Ils veulent s’occuper d’eux-mêmes, vivre eux-mêmes. Voilà. Mais,… Il y en a qui ne peuvent pas, ça c’est un drame. Et ceux qui décident de ne pas en avoir d’enfants, ce n’est que, ce n’est pas leurs trucs quoi, ce n’est pas que…
- Ce n’est pas pour… ? Ce n’est pas en calculant un peu combien ça coute en terme de temps, d’heures, d’argent…. ?
- Non ! Il y en a qui disent euh, c’est une longue question…Celle qui disent…c’est pour ma carrière euh…je ne veux pas…C’est parce qu’ils n’aiment pas les en…En fait, ça ne les intéresse pas d’être mère, de consacrer du temps à quelqu’un d’autre, quoi ».
Travailleuse d’abord, mère avant tout, et femme si possible, voilà comment on pourrait décrire le crédo de Madame Aix. Or cette équation est impossible à tenir dans son quotidien. Son obstination à faire famille normale provient aussi de son rapport au divorce de ses parents qu’elle ne veut pas reproduire. Mais ce qui est contradictoire c’est qu’en même temps, elle peut difficilement s’évertuer à être cette bonne épouse rêvée, puisqu’elle doit être une bonne mère. Ce n'est pas le divorce en soi qu'elle fuit dans son idée de famille normale (même si c'est à la suite d'un divorce qu'elle développe cette obsession), c'est plutôt l'idée de la souffrance des enfants qu'elle évite. Cela explique que, pour atteindre son objectif de famille normale (papa et maman unis, sans divorce), elle ne cherche pas « le bon mari » mais plutôt « le père de ses enfants », affirme-t-elle. Dans ce couple déchu qu’ont constitué ses parents, ce n'est donc pas le père absent qu'elle cherche à remplacer(138) mais plutôt sa mère, en devenant une mère excellente qui évite la souffrance à ses enfants. Elle n'était donc pas obligée d'être en couple pour réaliser ce rêve. La maternité est au centre de la vie de cette femme, et le mari devient un simple joujou pour les enfants — il les amuse le week-end — , et non un véritable compagnon. Et en cela, Madame Aix se diffère grandement de Madame Forbe, plus épouse que mère.
D’abord, Madame Forbe a surtout cherché un mari, et pas un père. Très courtisée par plusieurs jeunes hommes, elle a choisi cet ancien prisonnier de guerre, beau comme un dieu, disait-elle, charmant et bon danseur. « C'est mon mari... Mon mari, je l'ai choisi ». Ils se sont mariés quand il avait 30 ans alors qu’elle venait d’en avoir 19. Ils ont vécu plus de 50 ans ensemble avant que le mari « parte », emporté par la maladie. Pour faire le bilan de ces années de mariage, elle explique : « Et ben oui. Je l'ai soigné pendant 3 ans... On a été... très bien. On ne s'est jamais disputé gravement ». Et pourtant, cette femme explique bien comment elle a souffert de certaines décisions de ce mari qui ont eu des incidences sur son travail et sa vie de mère. L’harmonie du couple, la famille normale, repose donc sur le silence des femmes face à leur sacrifice entant qu’épouse ou entant que mère. Madame Forbe ajoute à son bilan : « Et on a eu qu'un enfant, qu'une fille, Françoise. Et moi j'aurais eu... j'aurais bien aimé avoir un autre enfant. (…) Parce que j'ai pas élevé Françoise ». Ce fait que Madame Forbe a vécu comme une maternité empêchée s’explique aussi par ses sacrifices pour suivre les choix professionnels de son mari. Donc si Madame Forbe reste par rapport à Madame Aix une épouse plus dévouée et plus gaie, elle aussi reste marquée par l’angoisse de la conciliation entre sa vie de couple et sa vie de mère.
Cette tension entre la nécessité d’être une bonne épouse et la nécessité d’être une bonne mère est un fait social, et en cela Madame Aix ne peut pas du tout être considérée comme une exception. Mais dans son cas, cette injonction paradoxale absolument sociale se juxtapose à des angoisses psychiques issues de son histoire familiale. Ces héritages douloureux déterminent sa conception des responsabilités familiales et en même temps son silence face à la division sexuelle du travail. Ils déterminent aussi son rapport à l’externalisation qui l’aide à réaliser son idéal au travail mais sans effacer sa culpabilité face à son absence auprès des enfants.
Il existe une petite tristesse dans la voix de ces deux femmes quand elles se réfèrent à l’histoire familiale. Madame Aix souffre visiblement quand elle parle de ses parents (la souffrance de sa mère abandonnée par sa grand-mère, le divorce de ses parents et la souffrance de sa mère à la suite de cette séparation, etc.). La voix de Madame Forbe tremble aussi quand elle parle de ses parents, surtout de son père, « papa » comme elle l’appelle. Elle raconte avec angoisse des scènes de départ de ce père et l’inquiétude de sa mère qui l’attend, ainsi que ses larmes d’enfant paniqué à la fois par l’absence de l’un et l’inquiétude de l’autre. Toutes ses phobies prennent leur source dans cette histoire familiale, croit cette femme qui n’a jamais eu le courage de retourner à la ferme de ses parents.
La souffrance de Madame Forbe est aussi une histoire de sevrage, elle qui, comparativement à Madame Aix, donne plutôt l’apparence d’une mère peu inquiète quand elle est absente, une mère n’ayant pas vécu une relation fusionnelle avec sa fille. Le sevrage a été difficile pour cette femme. D’abord, elle a arrêté d’allaiter sa fille pour protéger sa santé, comme s’il existait une incompatibilité entre sa survie propre et celle de sa fille(139). Elle raconte : « J'ai sevré ma fille. Parce que j'étais d'une maigreur! Je ne mangeais pas. (…) J'avais du lait… J'en avais à vendre ! (…) Mon médecin n'était pas content parce que il sentait, il voyait que ma santé se dégradait. Il m’a dit : ‘Tu vas sevrer cette gamine et t'en aller’. Alors j'ai sevré ». C’était douloureux à la fois pour elle et pour sa fille qui n’a plus voulu se nourrir : « Maman n’a jamais pu lui faire prendre un biberon. (…) J'ai laissé maman et la petite à la ferme. Où elle était née. Je ne l'ai jamais reprise. Je ne pouvais pas. D'abord je n'avais pas le droit. Je n'avais pas le droit de la prendre. A Paris. Parce qu'on habitait une petite chambre. Ça ! ». Elle raconte alors comment dans cette chambre à Paris, elle n’avait pratiquement aucun droit, ni celui de faire la cuisine ni même celui de se laver. La propriétaire lui a dit quand elle a découvert sa grossesse : « Je vous interdis d'avoir un enfant ici ! ». Elle a dû quitter Paris dès le septième mois de grossesse pour accoucher dans la ferme de ses parents. Puis : « Je suis revenue à Paris toute seule, enfin avec mon mari. Et toujours dans cette pièce. (…) C'était toujours le même bazar », ce bazar qui a fait qu’elle n’a pas pu reprendre sa fille, regrette-t-elle. Cette femme s’est alors battue pour trouver un autre logement(140) et reprendre sa fille qui avait 2 ans et demi. Mais très bientôt, Madame Forbe a été rattrapée par les interdictions qui l’ont empêché de vivre son « rôle de mère » comme elle l’entendait :
« Le médecin qui nous soignait, il m'a dit: ‘Ramenez-moi cette gamine d'où elle vient’. Il dit : ‘Elle n’est pas faite pour vivre dans cette euh... là !’. C'est vrai que qu'il n’y avait qu'une pièce, mon mari fumait à l'époque, et puis elle avait un problème, un petit problème de bronche, de machin. Il dit : ‘Ramenez-moi cette gamine d’où elle vient’. (…) . Il dit : ‘Elle y était très bien là où elle était avant’. J’ l'ai ramenée. Je l'ai reprise quand elle avait 6 ans et demie ».
Il est nécessaire de signaler les interdictions de rencontre entre cette mère et sa fille, et à chaque fois le ton assez dur que prend l’interlocuteur (les médecins ou la propriétaire). La voix des médecins reviennent à plusieurs reprises dans son histoire, soit dans son enfance ou dans sa vieillesse, dans sa vie de mère ou d’épouse, ou encore dans la vie de sa fille ou de ses petits-enfants. Et dans un exercice que j’ai tenté avec elle sur les tableaux qui embellissent son salon, elle reconnaît qu’il y a plein d’images de médecins avec leur trousse, en pleine campagne ; ainsi que des hommes qui partent ou reviennent sous le regard triste ou inquiet de femmes et enfants. De plus, le récit de Madame Forbe montre l’image d’un enfant (sa fille) qui empêche sa mère de vivre, ou qui n’a pas le droit d’être avec sa mère, et tout cela fait revenir à chaque fois des histoires de sevrage qui font vibrer la voix de Madame Forbe. Elle n’explique pas en détail ce que ces interdictions puis ces séparations signifiaient pour elle ou sa fille, mais elle note qu’elle n’a jamais pu établir une grande relation avec sa fille qui vit à Paris aujourd’hui et ne vient la visiter que rarement. Sa fille, mère de deux enfants, n’a pu jamais « sevrer » sa propre fille qui a une maladie grave et chronique. Cette maladie empêche à cette mère de vivre pleinement sa vie de couple (donc de devenir femme), ou de se rapprocher de sa mère vieillissante (donc de rester fille). Elle reste mère tout simplement, comme si elle devait rétablir ce lien défaillant qui a marqué son histoire.
Elle dira plus tard combien ça lui a manqué de voir sa fille grandir, ce qui l’a porté à désirer avoir un autre enfant pour vivre pleinement la maternité. Mais elle a découvert bien plus tard que sa matrice a été renversée à la suite de son premier accouchement. Elle a été empêchée à la fois d’élever sa fille et en même temps de réparer par le maternage d’un deuxième enfant ce qu’elle a vécu comme un manque. La maternité interdite marque grandement l’histoire de cette femme qui d’ailleurs a failli mourir en naissant. Pour elle, c’est la cause de ses phobies. Et quand on sait que c’est à cause de ces phobies que Madame Forbe est obligée d’employer une travailleuse de care actuellement, on ne saurait oublier ces détails que d’ailleurs Madame Forbe reprend systématiquement dans ses entretiens.
On a vu que dans la vie de Madame Aix, les enfants passent d'abord, comme si le mari ne représentait pas une fin mais un moyen. Dans la vie de Mme Forbe, le mari passe d'abord, même si l’enfant n’a jamais été un simple moyen. Serait-ce une question d'époque ? L’obligation d’être une bonne mère semble d’ailleurs plus forte aujourd’hui, à en croire Messant, Modak et Praz (2011). Remarquons que, même si dans les faits ces deux femmes se sont prises différemment face à cet engagement pour les enfants qui est aussi un aspect de la division sexuelle du travail, elles sont toutes deux traversées par la difficulté d’être à la fois une bonne mère et une bonne épouse. Cette double injonction reste un écueil pour les femmes qui doivent parallèlement être de bonnes travailleuses. L’externalisation du travail domestique permet de se rapprocher de cet idéal qu’elles n’ont jamais atteint. Et en cela, les nounous comme toutes les autres travailleuses de care, restent un luxe pour les épouses et mères qui travaillent. Et en cela, le malheur de celles-ci ne fait pas toujours le bonheur de celles-là.
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Regarder les femmes patronnes à la fois en tant qu’employeuses et employées nous permet de regarder le 5e maillon de cette chaîne de migration et de travail, celui qui associe le service domestique des migrantes au travail non-domestique des patronnes. A cause de la division sexuelle du travail dans les entreprises et dans la famille, ces travailleuses sont obligées d’externaliser. Cependant ce n’est pas que la division sexuelle du travail mais une articulation des divisions du travail qui les portent à externaliser. Pour admettre ce fait, il faut regarder ces femmes avec leur double casquette, ce qui est invisibilisé dans la plupart des recherches et dans le discours des narratrices elles-mêmes. Elles se croient justes envers leurs travailleuses, ce qui ne les empêche pas de se considérer pleinement comme patronnes. Mais par ailleurs, peut-être pour assumer pleinement cette posture de privilégiées, elles euphémisent leur suresponsabilisation. On analysera plus tard la manière dont elles peuvent s’illusionner sur l’égalité dans leur vie, ce qui peut expliquer cette posture de privilégiées. Mais on peut également se demander dans quelle mesure le point de vue situé n’explique pas leur discours. Peut-être que de moi, chercheuse haïtienne, elles n’attendent qu’une recherche sur les travailleuses, recherche dans lequel leur propre travail serait hors du sujet. C’est d’ailleurs ce qui a porté Madame Laguerre à mettre fin aux entretiens. Et surtout, peut-être que face à moi, femme haïtienne, elles se sentent obligées de défendre leur pays, leurs entreprises, leurs maris,ce qui doit renforcer l’idée qu’une femme française vit nettement mieux qu’une femme haïtienne.
L’analyse de cette double casquette est très instructive sur la situation réelle des patronnes françaises. Par rapport aux hommes, elles s’investissent différemment dans la famille et sont parallèlement moins considérées dans le monde du travail. Tout cela fait qu’elles ont du mal à concilier leur vie professionnelle et leur vie personnelle ici marquée par la vie familiale. Tout cela a été largement analysé par les féministes, et quand on regarde le discours des interlocutrices, on peut noter que finalement la réalité n’a pas beaucoup changé. Les femmes s’investissent de plus en plus dans le monde du travail qui reste pour elles assez attractif, ce qui ne change rien au surinvestissement des hommes. Il faut souligner cette attractivité du secteur non-domestique sur les femmes, en France et en Haïti également. Ce travail est parfois considéré comme une réelle échappatoire au domestique, comme on l’a vu chez Zoune en Haïti et Madame Aix en France. La différence entre ces deux femmes est que Zoune vit dans un contexte où l’externalisation est plus facile, ce qui fait qu’elle n’est pas dérangée dans son travail par son rôle de mère. Cela fait qu’elle soit moins la culpabilité, même si elle aussi connait le paradoxe de la maternité. En plus, elle n’est pas habitée par cette idée de la souffrance des enfants quand leur mère travaille. Elle n’a pas envie de tout sacrifier à son enfant, et en même temps elle croit que c’est tant mieux pour cet enfant qui se trouve avec une bonne nounou entièrement dévouée qui, elle, veut tout lui sacrifier. C’est ainsi que Zoune prétend que sa nounou, qui adore l’enfant, préfère rester à son travail au lieu de rentrer chez elle retrouver ses propres enfants. Chez Zoune comme chez Madame Aix, prétendre que la servante ou la nounou n’est pas habitée par ce paradoxe qui fait que, tout en aimant les enfants, on refuse de se laisser envahir par eux, c’est ce qui leur permet de s’investir au travail. En plus, ce que ces femmes montrent c’est que les femmes sont finalement « comme les hommes » au sens où si elles n’étaient pas forcées, elles ne se surinvestiraient pas dans le domestique ou le care. Malgré la socialisation spécifique des femmes qui développerait chez elles le sens du care dès le plus jeune âge, elles continuent à préférer le travail nondomestique. Ce n’est donc pas par un quelconque instinct féminin ou maternel qu’il faut expliquer leur surinvestissement dans le domestique, mais pas la division sexuelle du travail.
Pourtant, ces femmes ne sont pas heureuses au travail. Les entreprises continuent à utiliser des méthodes qui illustrent une vraie inégalité professionnelle, marquée ici par le temps partiel imposé et les difficultés particulières des mères travailleuses. Madame Aix critique bien tout cela même si elle affirme que les entreprises doivent surtout penser à leur intérêt, comme si la « conciliation » serait forcément néfaste pour ces boîtes. On voit aussi qu’en général, chez ces trois interviewées, la pénibilité du travail est énoncée uniquement face au temps de travail, et pas face aux tâches. Cet aspect doit être pris en compte dans les recherches soit sur le travail des femmes ou sur la pénibilité du travail, pas pour porter à croire que les femmes ne souffrent pas de leurs tâches mais pour comprendre comment, à cause des défis de conciliation, c'est surtout leur temps qu'elles présentent comme un souci. Elles s'y étendent tellement qu'elles oublient peut-être de critiquer les autres aspects du travail.
On peut voir aussi le retrait de l’État marquer ces récits, même si certaines patronnes ont les moyens économiques - surtout ceux de leur mari - de ne pas souffrir de la baisse de certaines allocations familiales ou de refuser certains acquis sociaux (les structures d’accueil des jeunes enfants par exemple). On ne peut pas reprocher à Madame Aix son choix de fuir les crèches, mais on peut discuter ce choix en fonction des rapports sociaux articulés. Il paraît discutable de présenter l’embauche d’une nounou à domicile comme la seule solution qui convienne au bien-être des enfants quand on sait que, pour se rendre disponibles, les nounous ne peuvent pas elles avoir recours à cette possibilité. A moins de penser que ces travailleuses ne sont pas des mères comme les autres ou que leurs enfants ont moins de besoins que les autres. Sa conception se fonderait donc sur une logique implicite selon laquelle il existerait deux types d’êtres humains : ceux qui pensent à leur bien-être et les autres qui servent au bien-être des premiers.
Or, même en externalisant, ces patronnes doivent encore se mettre au travail domestique. Finalement, plus qu’on le croirait, le service domestique ne représente qu’une substitution partielle à la responsabilité domestique des femmes, du moins dans la plupart des cas. Madame Aix continue à se sentir surchargée malgré cet ensemble de travailleuses, ce qui s’explique aussi par la grande absence de son mari des responsabilités domestiques. Cette patronne reste silencieuse face à cette division sexuelle du travail qui pourtant ici est fondamentale dans le recours au service domestique. Et si elle justifie l’absence — sauf le week-end — du mari auprès des enfants, elle garde un parfait silence sur le rôle de celui-ci face au ménage, à la vaisselle, à la cuisine, à la lessive, etc. Il semble important de considérer à la fois le travail non-domestique des patronnes et leur travail domestique. Car ce qu’on ne regarde pas quand on dit que ce sont des « travailleuses » c’est que ce sont aussi des patronnes du domestique. Et ce qu’on ne regarde pas quand on dit que ce sont des patronnes c’est qu’elles font malgré tout du travail domestique.
Encore une fois, l’histoire des mères est très évocatrice à ce sujet, doivent en plus s’occuper de leurs enfants alors qu’elles ne rêvent que de se reposer après leur journée de travail. La maternité doit donc être analysée au coeur du travail domestique des patronnes également, et pas que dans leur travail non-domestique. On a vu en Haïti que c’est plus dans le domestique et non dans le travail professionnel que cette maternité posait problème. Ici, le handicap des mères travailleuses apparaît dans son double aspect. Dans le domus, cela s’explique par le « paradoxe de la maternité ». D’un côté les femmes qui, en plus de chercher à se montrer des mères excellentes, veulent être entièrement à leur enfant. Cela s’explique d’ailleurs par les injonctions sociétales à la bonne parentalité, ainsi que par des histoires familiales qui portent à croire que les enfants souffrent de l’absence de leur mère. De l’autre, les femmes se sentent agacées par leur surresponsabilisation dans le care, ce qui explique aussi leur volonté de se montrer utiles ailleurs (au travail ou dans le bénévolat) ou d’externaliser. Entre ces deux pôles, le désir de fusion et l’agacement, les mères sont rongées par la culpabilité. Elles s’interdisent tout plaisir, niant ainsi toute nécessité d’épanouissement « personnel ». Egalement, elles s’interdisent tout investissement dans le couple, ce qui reste pourtant contradictoire face à leur entêtement à faire famille normale. C’est surtout le cas pour Madame Aix, mais on pourrait se demander à quel point son histoire serait exceptionnelle dans le contexte français. Autant les narratrices haïtiennes, indépendamment de leur situation sociale, critiquent le couple, autant les trois femmes françaises croient au couple et s’y sacrifient. En cela, ces Françaises donnent l’image de femmes « résignées », sans l’être complètement puisque la résignation suppose une certaine insatisfaction. Or si elles expriment de l’insatisfaction face au surinvestissement dans le domestique et aux inégalités dans les entreprises, elles arrivent à critiquer ces réalités sans remettre en question leur couple. C’est aussi à ce niveau que se pose le problème de toute idée de « conciliation », pensée uniquement pour les femmes, occultant complètement le rôle des hommes. Ce n’est pas uniquement dans l’idée de surcharge des femmes qu’il faut rechercher les causes des problèmes de conciliation ou de l’injonction à l’externalisation, mais surtout dans la division sexuelle du travail. D’où la nécessité de regarder la double journée des femmes et la maternité des travailleuses dans une analyse matérialiste et anti-hétéropatriarcale.
Madame Forbe se présente plutôt comme une femme attachée à son plaisir même si elle est si dévouée à son couple qu’elle laisse sa fille pour suivre son mari. Se pose alors la question de l’engagement envers les enfants, que l’une pose comme une nécessité qui permet de réparer les failles maternelles de sa généalogie, et que l’autre accepte de lâcher, dans un effort de renoncement face à un idéal de maternité qu’elle ne rejette pas pour autant. Elle parle plus de sa vie professionnelle que de sa vie familiale dans les entretiens, mais cela ne veut nullement dire que sa réussite professionnelle prenait le pas (ou pouvait prendre le pas) sur ses responsabilités familiales. Son parcours est constitué d'un enchaînement d'activités inscrites dans des métiers pas aussi valorisants que celui de son mari fonctionnaire, activités réalisées toujours à temps partiel, changeant de poste presque tous les deux ans, et avec des périodes d'arrêt plus ou moins longues selon le cas. Elle accède à ses postes au gré de ses rencontres et les garde en fonction de ses désirs ou de ses obligations familiales. Ici, on voit la différence environ 40 ans plus tard, avec un plus haut niveau de qualification des femmes, ce qui explique par exemple les différences entre la carrière de cette patronne retraitée et de Madame Aix. Pourtant, aujourd’hui encore, on voit l’importance du surinvestissement professionnel des hommes, qui en plus a pour effet de dévaloriser le parcours des femmes. Et hier comme aujourd’hui, on peut constater la grande indulgence des femmes françaises — ce qu’on peut d’ailleurs opposer à la grande lucidité des femmes haïtiennes — face aux hommes. Ils restent complètement absents des descriptions du travail domestique faite par les femmes. Elles parlent du couple sans parler des hommes, de la maternité comme si la paternité n’existait pas. Elles parlent d’externalisation, sans regarder la division sexuelle du travail, ce qui semble d’ailleurs normal! Car si elles ne justifient pas l’absence des hommes, elles ne peuvent alors pas regarder l’externalisation comme la seule alternative à leur épuisement dans la double journée. Que dire alors des relations entre ces femmes et ces travailleuses domestiques dites indispensables ?
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(132) Le concept « good enough mother » que Winnicott (1956) défend dans ses théories notamment sur la préoccupation maternelle primaire, a souvent été traduit par « mère suffisamment bonne ». Pourtant, il faut surtout y voir l’idée d’une « mère tout juste acceptable », à en croire Gisèle Harrus-Révidi (2006). L’auteur utilise aussi le concept de « mère ordinaire normalement dévouée » qui a fait l’objet de nombreuses polémiques.
(133) Voir Joseph (2011).
(134) Dans les premiers jours des enfants où règne cette préoccupation maternelle primaire, les mères sont souvent toutes dévouées à leur enfant. Une « mère suffisamment bonne » ne peut alors pas s’occuper d’abord d’elle-même. Mais une fois perdue la capacité de fusion, la mère suffisamment bonne est censée devenir « frustrante » donc humaine (Gisèle Harrus-Révidi, 2006). Winnicott ([1966], 2006) écrit : « les femmes ne se croient pas obligées de passer leur vie à s’occuper d’un bébé. Elles jouent au golf, elles ont un métier prenant qui les passionne, elles pratiquent tout naturellement diverses activités masculines telles que se montrer irresponsable, penser que tout va de soi ou participer à des courses automobiles » (p. 56).
(135) Voir A. Blanché (2013), dans le séminaire sur la relation mère-fille à l’IISC.
(136) Ici, un lapsus qui est assez révélateur de la manière dont cette femme cache la déresponsabilisation de son mari derrière sa surresponsabilisation.
(137) « S’oublier pour soulager », c’est le crédo de certaines travailleuses de care (Joseph, 2010). Mais quand on regarde les analyses de Belotti (1973), on peut dire que c’est de manière plus général le crédo des femmes.
(138) Ce qui expliquerait par exemple qu’elle demande à son mari d’être plus présent, qu’elle pose la question de la division sexuelle du travail, etc.
(139) Il y a dans l’image de l’allaitement cette idée de tout donner à l’autre, l’enfant, de ne rien garder pour soi, comme si gagner l’autre c’était finalement se perdre soi-même comme le dit la chanson (quelle chanson ?). Sur le lien entre les troubles alimentaires et la relation mère-fille, on peut lire Abou Nasr Daccache (2012). Manger pour deux maigrir pour l’autre. Les secrets des troubles alimentaires.
(140) La question du logement revient souvent dans l’histoire de Madame Aix, détermine son travail mais aussi son rapport à sa fille, même dans sa vieillesse.