En construction
A cause des confrontations Nord/Sud, les femmes du Sud sont à la fois incitées à immigrer au Nord et aussi poussées à émigrer au Sud. Or, les rapports Nord/Sud prennent aussi leur source dans le passé colonial qui, ici, relie la France et Haïti. En 1804, l’ancienne colonie française de Saint-Domingue est devenue la première république noire du monde sous le nom d’Haïti. La colonisation française a été marquée par une division sexuelle, sociale, raciale et internationale du travail qui a fortement marqué l’organisation du travail domestique. C’est aussi dans l’imbrication des rapports sociaux dans le statut d’esclave domestique à Saint-Domingue qu’il faut chercher les clés de la compréhension des rapports sociaux dans le statut de travailleuse domestique en Haïti ou dans la migration en France. Il existe un lien entre la servitude et les métiers de service (Fraisse, 1979), et on ne saurait regarder la mondialisation actuelle sans y rechercher les vestiges de la colonisation. La classe et la race ont été largement analysées dans leur articulation, soit pendant la colonisation française de Saint-Domingue ou dans les séquelles du passé colonial sur les rapports sociaux de la république naissante (Trouillot, 2002). Certains auteurs comme Firmin (1885) insistent sur la race et d’autres comme Price-Mars (1928) visibilisent la classe, dans une perspective anticoloniale. Mais les rapports sociaux de sexe sont restés invisibilisés dans ces analyses. Anglade (1986) critique dans l’historiographie haïtienne une impasse presque totale sur le fait féminin. Plus tard, dans le discours féministe, la classe, la race et la colonialité n’ont pas toujours été articulés avec les rapports sociaux de sexe. Anglade (1986) analyse la classe et surtout les rapports de sexe dans l’approfondissement du travail des femmes, et Gibert (2001) le fait dans l’analyse de la mobilisation sociale et l’action politique en Haïti. Pourtant, dès les débuts du mouvement féministe haïtien dans les années 1950, Sylvain-Bouchereau (1957) appelle à éviter les discriminations fondées sur le sexe, la classe et la race. Il existe très peu d’études qui permettent d’approfondir soit le statut des femmes esclaves domestiques dans la colonie de Saint-Domingue, soit la situation des travailleuses domestiques actuelles qui subissent le colorisme issu du racisme colonial, les discriminations de classe et de sexe, dans ce pays écrasé par les rapports Nord/Sud. Pendant l’époque coloniale, une division du travail marquée par la traite négrière fondait les rapports de sexe, de classe, de race. Et la division du travail entre métropole et colonie marquait aussi la production de matières premières, notamment dans le cadre de la monoculture sucrière. C’est dans ce cadre-là qu’il faut inscrire cette division du travail entre la France et Saint-Domingue qui n’était pas encore une nation, un État ; entre les colons et les esclaves qui n’étaient que des choses, des biens meubles ; entre les colons blancs et la masse d’esclaves noirs considérés comme étant inférieurs ; entre les colons et les femmes esclaves domestiques renvoyées au rang d’objets sexuels. Les puissances coloniales (la plupart des pays du Nord actuels) ont pendant longtemps refusé de reconnaître l’indépendance d’Haïti proclamée en 1804, entravant ainsi ses rapports marchands qui ont eu des conséquences néfastes sur son développement économique. Et les problèmes de classe articulés à ceux de race (Labelle, 1987) ont alimenté des luttes intestines. Ce pays n’a jamais pu accéder aux canons de développement construits par les anciennes métropoles malgré ce qu’Étienne (1997) appelle l’« invasion des ONG ». Au fil des ans, Haïti s’est vu imposer des plans d’ajustement structurel qui ont fragilisé davantage les conditions de vie de sa population en accentuant la crise de l’économie paysanne et la précarisation des classes moyennes. Les rapports Nord/Sud participent donc à faire de ce pays une terre d’émigration forcée.
À ce jour, Haïti n’est signataire d’aucune convention internationale ou d’accord bilatéral relatif à la migration de travailleurs. Il n’est donc pas un pays exportateur de main-d’oeuvre comme les Philippines ou le Mexique. Pourtant, la population se diasporise depuis de nombreuses années, et de plus en plus(2). L’Office National des Migration (ONM) note des départs massifs vers la République Dominicaine, les Antilles (départements français d’Amérique) et les autres pays de la Caraïbe, ou vers les pays du Nord en particulier les Etats-Unis d’Amérique, le Canada, et aussi la France(3).
Lenz Jean-François (2011) fait une analyse de la société haïtienne qui peut aider à la compréhension de ces départs massifs. Cet auteur qui articule le mépris subi par Haïti de la part de l’occident au mépris que l’Etat haïtien a toujours réservé à son peuple présente ainsi ce pays : « En réalité, c’est tout un système d’apartheid social qui s’est institué dans cette société qui a réinventé la liberté et redéfini à travers sa révolution anti-esclavagiste le concept de droits humains ». (p. 37). L’auteur dit de l’Etat haïtien qu’il est antipopulaire, répressif, néocolonial, raciste, et sexiste. On peut dire qu’il s’agit d’un pays « pauvre », avec de faibles moyens économiques, mais cela ne justifie pas la mauvaise gestion et le mépris social marquant notamment la vie de la population paysanne ou des quartiers pauvres urbains. Ces milieux sont touchés par le manque d’infrastructures et de services sociaux de base. Si la mondialisation, notamment avec les programmes d’ajustement structurel a entraîné la privatisation dans les pays du Sud(4), en Haïti il y avait très peu de secteurs à privatiser. Le secteur public était peu développé tant en termes d’entreprises que de services. L’Etat a longtemps laissé les entreprises et surtout les ONG s’occuper du social. Le cas d’Haïti illustre le fait que le développement et surtout l’humanitaire sont marqués par les confrontations Nord/Sud (Hours, 1998). Sassen (2010) critique ainsi l’intervention du Nord global dans les pays du Sud qui, selon Sow (2010) sont soumis aux diktats de l’économie mondiale et des institutions internationales. C’est dans ce contexte qu’il faut inscrire cette « ONGisation du social » en Haïti. En plus, les politiques internationales qui, reprochant à l’Etat haïtien sa mauvaise gouvernance, ont pendant plusieurs années préféré financer la « société civile », les ONG et les organisations internationales (OI). Et de manière générale, l’Etat haïtien s’est toujours déresponsabilisé de la charge de la reproduction sociale. Le marché du travail a ainsi été ONGisé et marqué par les rapports sociaux de sexe, de classe et de race, et Nord/Sud. Pourtant, les politiques d’intégration des femmes dans le développement ont donné du travail à nombre de femmes, y compris des paysannes pauvres. Mais les problèmes sociaux ont continué à marquer le travail dans ce pays où en raison notamment de l’absence de politiques d’emploi, le sous-emploi est massif. Selon le PNUD et l’IHSI, le taux d’activité des femmes haïtiennes était le plus élevé de la Caraïbe et de l’Amérique Latine vers 1998. Pour 2014, la Banque mondiale l’estime à 61%, ce qui est plus élevé que la moyenne dans la région. Mais les femmes n’ont pas été soutenues dans leur effort professionnel. A cause de l’absence de l’État dans la prise en charge de la reproduction sociale, il n’y a pratiquement pas de structures publiques de prise en charge de la petite enfance, de la vieillesse et du handicap. La crise de l’emploi est ainsi permanente, et nombre de femmes se voient obligées d’assurer leur survie en intégrant de préférence le secteur informel. Au cours de ces trois dernières décennies, la crise économique et financière, ajoutée à une crise de la dette (Etienne, 1997 ; Del Castillo, 2003), les soubresauts politiques ont eu des conséquences néfastes. Jean-François (2011) constate que de 1986 à 2006, Haïti a connu 15 présidences, 5 coups d’Etat, plus d’une dizaine de massacres à caractère politique, deux interventions de forces étrangères, un embargo commercial et militaire, des périodes de répressions, et la dégradation de la situation économique. Il ajoute qu’Haïti est avant tout un « drame humain » où se révèlent les souffrances et la difficulté d’être de toute la population. Et comme l’a démontré Falquet (2010) dans l’analyse du cas mexicain, c’est aussi dans les corps des femmes, par les violences physiques et sexuelles qui accompagnent les violences économiques que les crises successives s’expriment.
Plusieurs auteures comme Razavi (2002) critiquent cette idée répandue qui présente la mondialisation comme étant bénéfique particulièrement pour les femmes du Sud. Baden et Milward (2002) font état d’une pauvreté particulière des femmes dans le cadre de la mondialisation néolibérale. Les femmes qui représentent 52% de la population, restent aujourd’hui comme avant les premières victimes de la dégradation de la qualité de vie dans cette population haïtienne. Les femmes sont utilisées pour pallier les conséquences désastreuses du modèle économique haïtien. C’est cette instrumentalisation des femmes comme palliatif qui a porté Anglade (1986)(5), dans son analyse du travail des femmes en Haïti, à présenter « le contrat des sexes » fondé sur la division sexuelle du travail comme le contrat social en Haïti. Les femmes se chargent ainsi d’assurer la survie de toute leur communauté, et les plus pauvres sont ainsi instrumentalisées par les institutions internationales dans les politiques de luttes contre la pauvreté (Bisilliat, 2003 ; Mestrum, 2003). En Haïti, elles se suresponsabilisent au travail (Tardif, 1991) dans des conditions critiques. Ces mauvaises conditions de travail méritent d’être analysées en référence à la mondialisation qui marque le travail des femmes du Sud par la flexibilisation, par l’augmentation de l’informel, et par l’érosion du droit des travailleurs. Et comme au Nord, on peut observer au Sud un renforcement des divisions sociales du travail, comme le signalent Hirata et Le Douaré (2002).
Face à la précarisation et à leur suresponsabilisation dans les démarches de survie, elles définissent ce que Sassen (2006, 2010) appellent des circuits alternatifs de survie comme des comportements que, en référence à Tabet (1987, 2004), on pourrait qualifier d’échange économico-sexuel. Cette forme d’échange a d’ailleurs été analysée par Jean-François chez les jeunes filles du Bel-air, quartier populaire de Port-au-Prince. La pauvreté marque grandement la sexualité des filles dans les familles pauvres (Joseph, 2006). Elles deviennent vite mères et, comme on le verra dans le parcours des narratrices, cela marque grandement le travail des femmes. Et c’est aussi dans le cadre des démarches de survie qu’il faut intégrer la migration interne et internationale des femmes, même si dans le cas de la migration internationale notamment, ce ne sont pas forcément les plus pauvres ou les plus précaires qui partent. L’État haïtien force ainsi les femmes à migrer, pour assurer leur survie, celle de leur famille nucléaire ou élargie, et aussi celle de toute la nation comme on peut le signaler en référence à Sassen (2010). Haïti devient ainsi un exportateur illicite de main-d’oeuvre.
Toutefois, le fait que cette recherche porte sur la migration vers les pays du Nord ne signifie pas que cette forme de migration soit plus répandue en Haïti. Haïti reste un pays très pauvre, plus démuni que bien des pays du Sud. La population n’hésite donc pas à migrer vers les pays du Sud voisins, et en premier lieu vers la République Dominicaine en traversant la frontière. Les rapports sociaux marquent aussi la vie de ces migrantEs, ce qui porte à parler de confrontations Sud/Sud, entre la république voisine et Haïti méprisée et exploitée. Les relations entre ces deux pays ont été étudiées par plusieurs chercheurs comme Alexandre (2013) ou Thomas (2003). La situation des migrantes dans ce pays est régulièrement condamnée par des organisations, comme le GARR (Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés) et la fondation Sant-Pont qui dénoncent les violences sexistes exercées sur les femmes, y compris la violence économique qui les gardent dans le service domestique.
En plus, à côté de ces migrations vers les pays étrangers, la survie en Haïti est aussi assurée par la migration des paysannes vers les villes de province et principalement vers la capitale, Port-au-Prince. Dans sa thèse où elle analyse également la migration internationale Moujoud (2007) explique la migration interne par plusieurs facteurs comme le renforcement des inégalités sociales et du fossé entre l’urbain et le rural. Elle rappelle alors les travaux de Mernissi (1981) sur ce fossé que j’appellerai la confrontation urbain/rural (Joseph, 2013). Cette confrontation est importante à analyser car aujourd’hui encore, il existe une pauvreté qui touche particulièrement les populations paysannes, surtout celles qui sont sans terres (Baden et Milward, 2002). Les femmes restent très marquées par la pauvreté et l’analphabétisme (Razavi (2002). Dans le cas d’Haïti, ce fossé est généralement mentionné dans la plupart des ouvrages sur la population haïtienne, par des auteurs comme Bernardin (1993). La paysannerie haïtienne a aussi été l’objet de deux recherches importantes où l’on peut aussi entrevoir la situation particulière des femmes haïtiennes : celle de Bastien (1951) et celle de Moral (1961). Barthélemy (1989) analyse la construction sociale de cette paysannerie qu’il appelle le « pays en dehors ». Il critique la distanciation hostile érigée entre cette masse paysanne et « l’élite » haïtienne, opposition analysée aussi par Marcel d’Ans (1987) qui met la question agraire au centre du fossé entre ville et campagne. Le rural est méprisé par les élites économique, sociale, politique et urbaine. Et la population paysanne est soit exploitée, soit ignorée. Pendant longtemps, la ville a compté sur ses denrées pour subsister alors qu’elle ne partage pas avec le rural les recettes publiques notamment dans l’octroi des services à la population. Les femmes paysannes sont prises dans cette confrontation urbain/rural puisqu’elles ont toujours compté dans la population agricole. Aujourd’hui, encore, dans bien des pays du Sud, elles sont les premières concernées par l’accès limité à la terre et aux ressources productives (Madunagu, 2002). En plus, elles ont toujours été exploitées dans la migration vers la capitale où on leur a réservé la place de domestique (Anglade, 1986, Gilbert, 2001). Cette place a été analysée depuis bien longtemps par des auteurs comme Lhérisson (1906) dans Zoune chez sa ninnaine. Mis à part quelques documents de fiction comme ce roman de Lhérisson ou dans les oeuvres artistiques où elles sont souvent présentées de manière exotique, les femmes paysannes haïtiennes restent largement invisibilisées. On parle rarement d’elles en tant que travailleuses agricoles, et surtout on oublie complètement leur travail domestique gratuit. On peut parler d’une division sexuelle du travail paysan en références aus analyses de Sylvain-Bouchereau (1957) et d’Anglade (1986). Dans ma recherche, cette division sexuelle du travail sera considérée comme l’un des piliers de la confrontation urbain/rural. Elle sera alors analysée dans son articulation avec ce que j’appelle la division nationale du travail. Ces divisions expliquent à la fois le travail des femmes dans le milieu paysan mais aussi leur service domestique dans le cadre de la migration interne vers la capitale(6). Cette migration interne sera analysée dans son rôle dans la construction de la migration internationale des citadines. En effet, c’est grâce au service domestique de ces paysannes que les femmes de la capitale peuvent se construire au travail et ainsi accéder à la migration internationale.
Les femmes – citadines ici – partent, même si en Haïti les hommes restent plus nombreux dans la migration internationale qui, en effet, représente un coût que la majorité de la population ne peut assumer. Leur migration reste ainsi moins répandue que celle des hommes même si on peut noter qu’elles partent de plus en plus(7). Elles partent clandestinement ou avec un visa, En tant que touristes ou dans le cadre du regroupement familial, parfois par la migration dite qualifiée notamment vers le Canada. Mais indépendamment de leur forme de migration, elles deviennent le plus souvent des travailleuses domestiques au Nord. Federici (2002) qui présente les programmes d’ajustement structurel au Sud dans le cadre de ce qu’elle appelle un « apartheid global », critique la place des femmes du sud en tant que main-d’oeuvre pour le Nord, de même que la place des mères du Sud comme productrices de main-d’oeuvre bon marché pour l’Occident. Elle déclare : « La première conséquence de l’appauvrissement auquel la libéralisation économique a condamné le prolétariat du tiers-monde a été dans les faits le démarrage d’un vaste mouvement migratoire du ‘Sud’ vers le ‘Nord’ » (p.47).
La migration de la population haïtienne vers la France a été analysée dans certains ouvrages comme celui de Fleurimond (2003), ou dans les thèses de doctorat de Béchacq (2010) ou de Pierre-Louis (2011). Mais rares sont les textes ou travaux universitaires ayant pris en compte la place particulière des femmes dans cette population migrante. Ici, on ne peut citer que la thèse de Laëthier (2007) qui ne concerne que la migration vers les DOM-TOM. Dans ma recherche qui touche à la fois la population haïtienne en France et en Haïti, à la fois la migration interne et la migration internationale, les rapports sociaux seront analysés dans leur expression à la fois en Haïti et en France. Jean-François (2011), en se référant aussi à Barthélemy (1996), écrit : « Il existerait un parallélisme significatif entre l’injustice et la violence des rapports sociaux d’inégalité internes à la société et le caractère tout aussi injuste et violent des rapports existant entre la nation haïtienne et l’Occident » (p. 22). Les violences portent les femmes à partir, ce qui ne signifient pas qu’elles ne subiront pas de violence dans la migration vers la France. Moujoud (2008) invite à ne pas homogénéiser les sociétés de départ et d’arrivée, et à ne pas les opposer. Et si l’articulation des rapports sociaux porte les femmes haïtiennes à émigrer, c’est aussi une articulation des rapports sociaux qui rendra leur travail « nécessaire » en France. La migration de ces femmes haïtiennes rentre dans le cadre de « la mondialisation de la migration ».
Plusieurs auteurEs(9) en 2010 analysent « Le sexe de la mondialisation ». Ces auteurEs regardent alors la place des rapports sociaux dans la division du travail désormais mondialisé. Il-elle-s présentent ainsi les grandes tendances de la mondialisation néolibérale comme l’absence de contrôle gouvernemental, l’incitation aux investissements étrangers, l’ouverture des économies nationales, la dérégulation du marché associée à la concurrence globale. Tout cela transforme le monde du travail car la production et la reproduction sont désormais mondialisées et divisées par les rapports sociaux croisés. Comme le précise Sassen (2010), ce marché globalisé appauvrit les travailleur-euse-s et produit de nouvelles formes d’inégalités entre eux-elles. L’accroissement des inégalités ne touche pas uniquement les personnes mais aussi les pays. Emergent aussi de nouveaux circuits globaux du travail (Sassen, 2010). Le marché qui est aussi divisé en fonction des rapports sociaux connaît aussi une vraie polarisation qui fait accroître les inégalités sociales. La massification de l’emploi des femmes accompagne ainsi la flexibilisation et la précarisation (Hirata et Le Douaré, 2002)(10). Les femmes intègrent massivement ce marché, ce qui porte à croire que la mondialisation est bénéfique pour les femmes. Mais le travail des femmes est aussi utilisé, non dans le but de les aider à s’émanciper, mais, comme le soulignent Taylor (2010) et Elson (2010) pour garantir l’avantage compétitif du marché et l’avantage comparatif des pays. Il faut donc regarder ce contexte dans l’analyse du travail des femmes, comme dans celle de leur migration.
D’abord, les femmes migrent de plus en plus avec la mondialisation néolibérale. Cette mondialisation qui intensifie la circulation du capital fait aussi migrer les personnes (Lautier, 2006), malgré la restriction à la liberté de circuler. Cette intensification des migrations porte à parler de la mondialisation de la migration. Mais cette mondialisation de la migration accompagne aussi une féminisation des migrations. Morocvasic (1984) visibilise la présence des femmes dans la migration. Elle est ainsi considérée comme la pionnière des études francophones sur la migration des femmes. Aux Etats-Unis, des études comme celle de Gabaccia (1994) montrent la particularité de la migration des femmes. Il faut attendre les années 1990 en Suisse, avec les travaux de Rosita Fibbi et de Simone Prodolliet pour analyser cette situation particulière. Et de plus en plus, on ose utiliser le concept de « féminisation des migrations ». Morocvasic (2008), tout en critiquant ce concept, note quand même une présence accrue des femmes dans les flux migratoires. Les femmes immigrées subissent grandement le prix des transformations amenées par la mondialisation néolibérale, et l’auteure montre qu’elles migrent pour échapper à des conditions insupportables souvent liées au patriarcat. Elle en déduit que le genre est au coeur des migrations. Mais elle réfute la thèse évolutionniste qui porte à croire que la migration est toujours favorable aux femmes. Catarino et Morocvasic (2005) appellent à ne pas cacher sous la prise en compte des démarches d’agency(11) des migrantes les facteurs structurels qui influent sur leur migration. Ces facteurs structurels comme la criminalisation de certaines formes de migration s’ajoutent aux rapports sociaux de sexe pour produire la précarité et l’inégalité (Benelli et al. 2007). Moujoud (2007, 2008), critique elle aussi la vision évolutionniste qui présente la migration comme un passage naturel d’une situation archaïque ou traditionnelle vécue dans les sociétés d’origine à une émancipation dans la société d’accueil. Elle déclare que ce phénomène ne garantit nullement aux femmes une amélioration de leur statut ou la fin des dominations de sexe, de classe ou de race. Et si les sociétés de départ poussent ces femmes à l’émigration, il faut reconnaître que, dans le cadre de la mondialisation néolibérale, il existe une vraie demande à laquelle vient répondre la force de travail des femmes du Sud. Au Nord, c’est la crise de la reproduction (Benería, 2010).
Sassen (2010) explique que les migrations de travail représentent une réaction micro-économique aux processus globaux de restructuration dans les pays d’émigration et d’immigration. Il existe au Nord une demande de main-d'œuvre domestique(12). Et ce besoin qui s’accroît dans la migration n’est pas très nouveau. Elle explique la migration de certaines femmes noires dans la Grande-Bretagne d’après la Seconde Guerre mondiale selon Carby (2008).
En effet, la mondialisation produit la diminution des recettes fiscales (Elson, 2010), engendre des coupes budgétaires qui détruisent les politiques protectrices (Taylor, 2010). Ce dégagement partiel ou total de l’État produit une privatisation des secteurs productifs (Sow, 2010) et celle de la survie individuelle et familiale (Benería, 2010). L’Etat déresponsabilisé dans la prise en charge de la reproduction sociale renvoie cette responsabilité aux individus et aux familles. Cela influe à la fois sur la migration des femmes du Sud et sur le travail des femmes du Nord. En effet, ce sont les femmes du Nord qui vont pallier cette absence de l’État, en assumant à elles seules les tâches reproductrices ou en externalisant le travail domestique. Cela s’explique par la rigidité de la division sexuelle du travail expliquée plus haut. Cette division du travail est renforcée dans la mondialisation (Lautier 2006, Elson, 2010). Les migrantes du Sud remplacent aussi les hommes du Nord (Joseph, 2011), ce qui replace encore une fois la division sexuelle du travail au coeur de cette crise de la reproduction. En ce sens, si l’externalisation permet l’investissement des femmes dans l’emploi, elle consolide aussi le surinvestissement des hommes dans l’emploi. Cette division du travail s’articule aussi à ses autres divisions (sociale, ethnique et internationale), pour produire une pénurie de main-d’oeuvre domestique au Nord et son corollaire, l’investissement des migrantes du Sud dans le service domestique. Cette externalisation est fondamentale dans la crise de la reproduction car si la division sexuelle du travail se rigidifie, les femmes continuent à intégrer massivement le marché du travail salarié.
Pourtant, cette mondialisation a des conséquences genrées sur le travail. Les femmes sont incitées à travailler pour satisfaire les besoins du marché(13). Talahite (2010), rappelle que cette massification de l’emploi n’empêche que la participation des femmes au marché du travail reste plus faible que celle des hommes, et qu’elles sont particulièrement touchées par le chômage. Giampino (2000) souligne que cette grande implication des femmes sur le marché se fait malgré le chômage, la pénurie des modes de garde, le peu d’évolution dans le partage des tâches domestiques et les inégalités persistantes des conditions de travail et de salaire que subissent les femmes. Elson (2010) critique particulièrement le fait que la mondialisation attire les femmes dans l’emploi sans pousser les hommes vers le travail domestique. Les familles du Nord qui -il faut le préciser- étaient des « maisons sans époux », deviennent ainsi ce que Sassen (2010) appelle des « maisons sans épouses ». Ces « ménages professionnels sans “épouse” » (et sans époux, doit-on ajouter), constituent pour elle une partie de l’infrastructure des villes globales. C’est ainsi que la mondialisation accentue les problèmes d’arbitrage entre le travail domestique et le travail rémunéré. Et il est un fait que, dans l’ensemble des activités domestiques, c’est surtout pour la prise en charge de la personne que les femmes, au Nord, recourent à une main-d’oeuvre domestique. Le care reste ainsi particulier dans la mondialisation du travail reproductif.
La crise de la reproduction qui aussi appelée « crise du care » par Devi, Isaksen et Hochschild (2010), explique que la mondialisation du travail domestique soit aussi qualifiée de « mondialisation du care ». Benería (2010) explique cette crise du care par la « nucléarisation » accrue des familles. Carby (2008) souligne comment la famille nucléaire perd la solidarité que peut offrir la famille élargie. Benería (2010) comme Ito (2010) analyse aussi l’impact du vieillissement de la population sur cette crise du care. En plus, il faut analyser dans cette crise la particularité de ce type de travail qui, d’après Glenn (1992), comporte une dimension psychologique, un aspect émotionnel et relationnel non négligeable. Le travail domestique a été de plus en plus mécanisé, ce que des auteurs comme Giedion (1983) et Gelin (2006) analysent. Ce dernier insiste sur les limites de la mécanisation du domestique et du care qui reste aujourd’hui encore très peu robotisable, malgré les efforts de la société nipponne notamment pour créer des robots humanoïdes chargés de répondre aux besoins de cette population vieillissante. Et de manière générale, la mécanisation du travail domestique a ses limites car si elle change l’organisation de ce travail, elle n’agit pas sur les divisions de ce travail. Elle peut même les reproduire par le déséquilibre qu’elle peut créer entre les femmes qui peuvent y avoir accès et les plus pauvres. Pourtant, comme le rappelle Giedon (1983), la mécanisation du domestique aux Etats-Unis d’Amérique a aussi été pensée pour répondre à l’externalisation de ce travail dans ce service domestique de plus en plus critiqué par des féministes américaines comme Catherine Beecher (1841) et Christine Frederick (1912) qui y voyaient une forme d’assujettissement des femmes plus discriminées(14). En outre, la mécanisation, de manière générale est présentée comme pouvant permettre aux sociétés du Nord d’éviter les délocalisations importantes que provoque la mondialisation. Gelin (2006) rappelle ainsi une proposition faite aux industriels français en 2005 qui s’exprime ainsi : « Robotcalisez ! ». Cela permettrait d’éviter les délocalisations vers le Sud, donc de préserver les emplois au Nord. Evidemment, cette proposition paraît très peu adaptée au care qui finalement est peu robotisée/mécanisée et peu délocalisable. La non-délocalisation donne ainsi au care, et au travail domestique d’ailleurs, un statut particulier dans la reproduction mondialisée. Car si dans cette mondialisation on délocalise considérablement une partie du travail productif du Nord vers le Sud (Razavi, 2002) c’est la main-d’oeuvre du Sud qui est délocalisée pour répondre aux besoins domestiques du Nord(15).
Dans cette nouvelle division internationale du travail qui accompagne la mondialisation néolibérale, la délocalisation du travail vers le Sud accompagne ainsi la délocalisation de la main-d'œuvre domestique vers le Nord. C’est la nouvelle division internationale du travail. La féminisation du travail prend un caractère transnational et les femmes du Sud sont particulièrement déplacées dans ce qu’on appelle une internationalisation de l’économie des soins, dite aussi internationalisation du care ou internationalisation du travail domestique. Le care prend ainsi une place particulière dans l’internationalisation du travail reproductif qui concerne alors le domestique plus globalement. C’est dans ce cadre qu’il faut placer la division internationale du travail reproductif (Salazar Parrenas, 2000)(16). L’un des termes les plus utilisés et les plus critiqués a été celui de la chaîne globale de care (Global care chain) développé notamment dans les recherches de Hochschild qui critique dans cette migration des femmes du Sud l’extorsion de l’amour du Sud par le Nord (Hochschild, 2003).
Les Philippines (Mozère, 2007) et le Mexique (Falquet, 2010) exportent massivement de la main-d'œuvre dans le cadre de cette internationalisation, alors que certains pays comme l’Espagne organisent une immigration spécifiquement pour le service domestique (Oso, 2003). Dans d’autres pays du Nord, il n’existe pas d’incitation explicite à l’immigration. En ce qui concerne la France, on peut considérer par exemple les mécanismes qui, à côté des « barbelés » qui gardent les migrantEs hors du territoire, confinent les femmes qui arrivent quand même à venir dans le secteur domestique. Plusieurs mécanismes les gardent en dehors du travail valorisé, ce qui a pour effet de les rendre disponibles pour le service domestique, dans ce pays où l’intégration par le travail est quasiment imposée.
Federici (2002) analyse la nouvelle division internationale du travail et explique comment le grand bénéfice des pays du Nord dans la migration des femmes du Sud est la disponibilité d’une main-d’oeuvre domestique. En effet, comme l’analyse Falquet (2006), les migrantes pauvres et racisées du Sud deviennent des « femmes de service » exploitées dans le service domestique et le service sexuel au Nord(17). Ce confinement des femmes du Sud dans le service domestique est analysé dans son aspect historique par Sarti (2005) ou par Fauve-Chamoux (2001), et dans des contextes sociaux différents(18). Sassen (2010) considère ces migrantes comme les travailleuses de maintenance de l’infrastructure stratégique de la mondialisation. Hochschild (1983, 2002) et Sassen (1996) parlent du besoin domestique au Nord comme une demande en main-d’oeuvre féminine étrangère non-qualifiée. Or il faut se demander si c’est le travail qui est dévalorisé ou la main-d’oeuvre qui est non qualifiée. En effet, cette main-d’oeuvre ne manque pas de qualification. Elle se voit souvent déqualifiée au Nord où les diplômes et compétences acquises au Sud ne sont pas reconnus. Cela induit chez certaines migrantes une mobilité descendante ou une subordination (Nedelcu 2005 ; Riano et Baghdadi 2007), surtout parce que, pour nombre de migrantes, l’investissement dans le service domestique constitue un réel déclassement (Oso Casas, 2002) ; Kofman, 2003). Ce confinement dans le domestique doit donc être regardé aussi en considérant une vraie exclusion des migrantes du travail non-domestique, qui est dénoncée par Morocvasick (1984, 1986). Pour l’appréhender, il faut regarder les rapports sociaux dans leur croisement.
En effet, ce n’est pas la migration en soi qui confère le rôle de femmes de service aux femmes migrantes. Ce sont plutôt les rapports sociaux dont l’influence sur les migrantes a été étudiée par Anthias et Yuval-Davis (1992), Dahinden (2007), et très largement dans les recherches de Falquet (2006, 2008). En plus Federici (2002), Masson (2006), Glenn (1992), Verschuur et Reysoo (2005) analysent les rapports sociaux de sexe, de classe, de race et Nord/Sud dans la transformation des migrantes en domestique. Les femmes migrantes pauvres et racisées du Sud s’investissent prioritairement dans le service domestique, même si ce travail est aussi occupé par des femmes blanches pauvres du Nord (Glenn, 1992), ou par des hommes racisés du Sud (Glucksman, 20010 ; Ito, 2010). Pour Falquet (2010) ce ne sont pourtant ni les hommes racisés et/ou pauvres, ni les femmes blanches et/ou riches mais plutôt les femmes racisées et/ou appauvries qui subissent en premier lieu les conséquences de cette mondialisation néolibérale.
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(2) En 2000, Haiti comptait 1,5 à 2 millions de personnes dans la diaspora, selon PNUD.
(3) Berthony Pierre-Louis (2004) se réfère à Roger Bastide (1974), Claude Guillon (1994), Kerns Fleurimond (2003) pour essayer de mettre un chiffre sur la population haïtienne en France. Kerns Fleurimond (2003) avance le chiffre de soixante mille dans son estimation de la communauté haïtienne en France en 2002, alors que la RFI avance le chiffre de trente mille en cette même année 2002. Cette contradiction est la preuve de la difficulté à trouver des données fiables sur cette population qui, d’après Pierre-Louis (2004) suscite très peu d’intérêt tant du côté des chercheurs que de celui des autorités. Une étude de Migrinter/CNRS (2006) estime à quinze-mille-six-cent-soixante-six (15 666) la population haïtienne en 1999, avec 53 % de femmes, et souligne une migration socio-genrée marquée par une nette surreprésentation des femmes employées.
(4) Klein et Tokman (in Del Castillo, 2003) présentent 4 caractéristiques des transformations du marché du travail en Amérique Latine dans les années 90 : la privatisation, la tertiarisation, l’informalisation, et la précarisation.
(5) Pour Anglade (1986), ces femmes qui restent les gestionnaires de la vie et de la survie de l’écrasante majorité des démunis, sont dominées à la fois dans le travail domestique et le travail marchand. Elle évoque qu’un changement au niveau du travail des femmes transformerait la société haïtienne toute entière, et conclut qu’un tel changement pourrait ce changement serait l’indice d’une alternative proprement haïtienne du développement. Elle lutte ainsi pour une économie politique du travail féminin en Haïti.
(6) Notons que la migration interne et le service domestique qu’elle entretenait ont été étudiés dans les sociétés européennes par des auteures comme Valérie Piette (2001) et Antoinette Fauve-Chamoux (2001) par exemple. Avant d’être remplacées par des femmes migrantes du Sud, ce sont les paysannes du Nord qui investissaient le service domestique dans les villes du Nord.
(7) Les femmes représentent par exemple un peu plus de 35% des HaïtienNEs installées en République Dominicaine
(8) Dans ce texte, nous reprenons le terme de mondialisation mais tout en admettant qu’il devient un concept « fourre-tout », comme le critique Jeanne Bisilliat (2003) qui utilise plutôt la notion de globalisation.
(9) Sous la direction de Jules Falquet, Helena Hirata, Danièle Kergoat, Brahim Labari, Nicky Le Feuvre, Fatou Sow (2010).
(10) Le 8 mars 2008, la Coordination Française Marche mondiale des femmes explique que les inégalités professionnelles entre les femmes et hommes s’aggravent. Les femmes, dit-elle, représentent, en France, 80 % des salariés pauvres, 57 % des chômeurs et chômeuses non indemniséEs inscritEs à l’ANPE, 83 % des emplois a temps partiel (la plupart imposés et avec des horaires flexibles) et 60 % des emplois aidés ou en CDD.
(11) Mozère (2010) défend l’intérêt de prendre en compte les démarches d’agency des travailleuses migrantes qui développent une puissance d’agir, sont porteuses de projet de vie et de désir, ce qui les transforme en de véritables « entrepreneures d’elles-mêmes ».
(12) Voir sur cet aspect Mozère (2010), Benería (2010), Devi, Isaksen et Hochschild (2010)
(13) Voir à ce propos Lautier (2006), Elson (2010) ou Taylor (2010). L’OCDE fixait pour 2010 un taux obligatoire de de 60% de femmes au niveau du travail salarié dans les pays membres.
(14) Marilyn Waring (1996) propose effectivement l’électroménager comme un moyen d’améliorer la vie des femmes. Mais dans l’analyse de ces féministes américaines qui critiquaient pourtant l’externalisation, on peut voir que cette mécanisation a été pensée plus en référence à la vie de la femme américaine blanche de la classe moyenne capable d’externaliser que par rapport à celle des femmes pauvres ou non-blanches qui finalement avaient probablement moins accès à ces outils domestiques.
(15) Selon Fauve-Chamoux (2001), le service domestique était occupé par des femmes issues d’une migration Nord/Nord ou provenant des campagnes du Nord vers les villes. L’auteure mentionne également des formes de domesticité apparues dans la mondialisation néolibérale qui s’associe à la mobilité des femmes du Tiers-monde vers les villes où la demande d’aide ménagère est permanente, dit-elle.
(16) Les anglophones analysent ce phénomène par des termes comme cross-border transfer of reproductive labor (Truong 1996), global transplantation of affect (Hochschild, 2003) ou encore global redivision of women traditional work (Ehrenreich et Hochschild 2003).
(17) L’auteure explique que le travail domestique forme, avec le travail sexuel analysé également par Oso (2006), le seul horizon dans le domaine de l’« emploi » pour de vastes pans des secteurs non privilégiés de la population comme les migrantes pauvres et racisées du Sud. Miranda (2003) présente aussi le service domestique comme étant la seule voie possible pour les immigrées pour s’insérer dans la réalité économique, ce que soutient aussi Kofman (2003). Et Lautier (2006) souligne que les pays du Nord ont d’avantage besoin de nourrices, de femmes de ménage, et de « prostituées à la peau colorée » (P. 45) que d’ouvriers-ères pour les industries.
(18) Glenn (2009), Yen Le Espiritu (2005) et Andrew Urban (2009) considèrent la migration vers les Etats-Unis ; Norbert Cyrus (2008) regarde les migrations vers l’Allemagne ; Francesca Scrinzi (2008) approfondit les migrations vers l’Italie, tandis que Helen Schwenken (2003) travaille sur la migration des Philippines commente que les femmes du Sud transformées en travailleuses domestiques constituent l’une des figures emblématiques de la mondialisation.