En construction
Cette recherche appréhende le travail des femmes, qu’il soit considéré comme « productif » ou « reproductif », qu’il soit réalisé par des femmes migrantes ou par les non-migrantes qui les emploient. D’abord, je regarderai les théories qui peuvent expliquer ce travail des femmes, ses divisions, les enjeux de « conciliation » et l’externalisation du travail domestique. Danièle Kergoat affirme que le travail est l’enjeu des rapports sociaux. Il est donc nécessaire d’analyser le travail des femmes pour appréhender l’articulation des rapports sociaux de sexe, de classe, de race et Nord/Sud. D’abord, commençons par le travail réalisé par quasiment toutes les femmes : le travail domestique. C’est le travail gratuit réalisé par les femmes au service de leur propre famille. Il englobe, entre autres, tout le travail de nettoyage appelé clean par Devetter (2010), la cuisine, le rangement, la planification, la prise en charge des personnes de la famille aussi appelé travail de care. Il recouvre aussi le fait de donner naissance (Guillaumin, 1992), travail que Messant, Modak, Praz (2011) appellent « la production d’enfants » pour critiquer le sexisme et le psychologisme que cache le concept de maternité(1). Ce travail pourtant invisibilisé dans les sciences économiques (Carrasco, 2007 ; Talahite, 2010) est au coeur du féminisme matérialiste. Delphy (2002), en définissant le concept de « mode de production domestique », met ce travail gratuit au coeur de l’oppression de toutes les femmes. Le travail domestique constitue alors ce qu’il y a de commun à toutes les femmes, ce qui est au coeur de l’oppression patriarcale. Guillaumin (1992) partage ce point de vue et analyse ce qu’elle appelle l’appropriation des femmes dans ce travail. Toutes les soixante-neuf femmes rencontrées dans cette recherche s’adonnent au travail domestique. Certaines s’y consacrent totalement tandis que d’autres exercent un travail salarié en plus du travail domestique. Se pose alors pour celles-ci la question de l’articulation entre le travail domestique et le travail salarié.
Plusieurs chercheuses analysent ce difficile équilibre entre la « vie personnelle/familiale » et la « vie professionnelle ». Certaines parlent de conciliation famille/travail. Mais pour Tremblay (2011), il est plus convenable d’utiliser le terme de « conciliation emploi/famille » pour visibiliser le fait que le travail domestique est aussi un travail même s’il n’est pas un emploi. D’autres comme Junter-Loiseau (2001) proposent de ne pas englober toute la vie en dehors du travail sous le terme de « vie familiale ». Cette auteure critique également le terme même de conciliation que d’autres comme Silvera, Buseyne et Donlevy-Gomes (2004) remplacent carrément par celui d’articulation. Si les hommes semblent moins concernés par cette recherche d’équilibre entre le travail et le hors-travail, c’est à cause de ce que Kergoat (2000) appelle la division sexuelle du travail. Cette division du travail en fonction des rapports sociaux de sexe réserve le travail domestique aux femmes, ce qui fait que la conciliation est un problème qui touche majoritairement des femmes (Garner, Méda et Senik, 2005 ; Beeman, 2011). Junter-Loiseau (2001) en déduit que la conciliation qui serait une métaphore des discriminations correspond à une nouvelle manière de nommer les inégalités temporelles entre les hommes et les femmes. Pour faire face à cette discrimination, certaines femmes ont ainsi recours à une main-d'œuvre de substitution qui fait marcher la maison pendant qu’elles s’investissent dans le travail salarié. Ce phénomène analysé notamment par Kergoat (1998, 2005) se nomme externalisation du travail domestique. Si le travail domestique concerne toutes les femmes, c’est l’externalisation qui différencie les femmes dans leur rapport à ce travail. Nakano Glenn (1992) explique que l’un des facteurs qui différencie les femmes dans leur rapport au domestique est que certaines peuvent déléguer ce travail à d’autres femmes. L’externalisation qui sépare les femmes crée ainsi une autre forme de travail : le service domestique.
Ainsi, le service domestique est un travail payé réalisé par des femmes au service d’une famille autre que la leur. Jacquemin (2002) qui, de même que Vidal (2007) et Anderfuhren (2002) analysent ce travail plutôt dans des pays du Sud, explique elle aussi l’externalisation par les problèmes de conciliation. Fougeyrollas-Schwebel (1996) rappelle d’ailleurs que l’INSEE définit le service domestique comme l’ensemble des activités des foyers pour lesquelles des substituts par des tiers sont envisageables. Le service domestique s’exerce ainsi dans les familles, dans le cadre d’un contrat entre particuliers ou parfois par l’entremise d’une agence de sous-traitance. Sont investies dans ce service domestique chez les particuliers les servantes à Port-au-Prince, ainsi que nombres de migrantes haïtiennes qui, en France, travaillent comme baby-sitters, nounous, aides à domicile, assistantes/auxiliaires de vie, femmes de ménages. Ce travail rentre ainsi dans le cadre de l’emploi, comme travail salarié, sauf dans des cas où, comme pour les enfants placés en domesticité en Haïti (les restavèk), le salaire est remplacé par l’entretien. Le service domestique gratuit des restavèk marque grandement la vie des femmes paysannes rencontrées dans le cadre de cette recherche. En outre, le service domestique peut aussi être organisé dans une institution. Glenn (1992) parle alors de service domestique institutionnel. Les femmes de chambre dans l’hôtellerie dont le travail est analysé notamment par Lada (2007), les femmes effectuant le nettoyage dans les institutions (Benelli, 2011), ou certaines travailleuses des maisons de retraites font ainsi du service domestique institutionnel. Glenn (1992) explique le service domestique par les rapports sociaux de sexe, de classe et de race, qu’il soit exercé dans les familles ou dans les institutions. Les féministes noires comme Carby (1982), hooks (1986), ou Carneiro (2005), en référence à la possibilité d’externaliser ou pas, affirment que les femmes ne sont pas toutes confinées de la même manière dans le domestique. Or dans la plupart des analyses qui mettent le travail domestique au centre de l’oppression des femmes, le service domestique qui est en plus réalisé par les plus discriminées, est longtemps invisibilisé. Pourtant, c’est ce travail qui facilite l’investissement des hommes et de quelques femmes dans le travail dit productif. J’utilise parfois le terme de travail hors-domus pour parler de ce travail non-domestique.
Qu’il soit réalisé chez soi, chez autrui, ou dans une institution, le travail hors-domus représente tout le reste du travail qui s’inscrit en dehors du « secteur domestique ». Il ne correspond ni au travail domestique, ni au service domestique. Il est payé et reconnu comme productif et reste plus valorisé matériellement et symboliquement que le secteur domestique. C’est à la base le travail des hommes, même si de plus en plus de femmes y accèdent. Il est construit selon des modèles masculins comme celui du surinvestissement temporel. Ce travail dit « productif » s’oppose ainsi au travail domestique dit « reproductif » (Lautier, 2006). La conciliation famille/travail pose donc un défi plus important qui est l’articulation entre le reproductif et le productif, ces deux secteurs qui, rappelle Malenfant (2011), sont antagoniques. Pourtant, il n’existe pas de cloison étanche entre les deux, et l’emploi salarié n’est séparé ni de l’inactivité, ni des activités domestiques et familiales, ni des activités associatives et bénévoles. Et quand on considère le cas d’Haïti, il est important de regarder le travail hors-domus comme pouvant aussi faire partie de l’emploi dit informel. Il n’est alors pas forcément valorisé ou reconnu comme productif, de même qu’il peut être massivement occupé par les femmes comme le décrit Lamaute-Brisson (2002). Mais, de manière générale, le travail dit productif est occupé par les hommes et demeure plus valorisé, ce qui pourrait aussi expliquer pourquoi le petit travail informel des femmes haïtiennes n’est pas vraiment reconnu comme productif.
Le travail hors-domus et le travail domestique sont interconnectés. En plus, ils sont aussi attachés au service domestique même si ce fait est rarement mis en évidence. C’est aussi le travail domestique des unes et le service domestique des autres qui permettent aux hommes et à nombre de femmes de s’investir dans le travail non-domestique. Glenn (1992) soutient que la situation des femmes en tant que productrices de travail reproducteur domestique non payé est inextricablement liée à celle des femmes productrices de travail reproductif payé. Ce lien entre ces trois types de travail est particulier dans le travail de prise en charge de la personne dit travail de care. C’est en effet principalement pour cette demande de soin que la plupart des femmes investies dans le non-domestique externalisent.
Le care a été largement élaboré dans la théorie de « l’éthique du care » par la psychologue américaine, Carol Gilligan, dans les années quatre-vingt. Pour Cresson et Gadrey (2004), il n’existe pas de définition complète, exhaustive et satisfaisante du care. On l’oppose à une certaine indifférence vis-à-vis de soi et d’autrui, en le rapprochant de la sollicitude, de l’attention, du soin et de l’affection, comme du dévouement, de la réciprocité et de la responsabilité. Le mot care traduit en français par « soin » est aussi utilisé pour parler du travail de prise en charge de la personne. Ce travail est au centre de l’économie politique féministe (Hertz, 2007), et l’on parle même d’une économie des soins (care economics).
En tant que travail, le care constitue un ensemble d’activités à la limite du ménager, du sanitaire, du social et de l’éducatif, qui englobe tout ce qui fait de nous des êtres humains, c’est-à dire, à la fois la subsistance biologique, et des éléments comme le bien-être, la qualité de la vie, les affects, les relations, etc. Cette prise en charge matérielle, économique et psychologique correspond à une constellation d’états physiques ou mentaux et d’activités laborieuses touchant tout travail réalisé au service des besoins des autres, les proches comme les personnes éloignées, les personnes « dépendantes » ou « autonomes ». Pour Molinier (2004), le care est un « chérissement » s’accompagnant de dévouement, de réciprocité, de responsabilité, de travail entrepris par affection, de motivations altruistes, de préférences relationnelles, de rémunérations psychologiques et même de devoirs. Hochschild (2003) présente le care comme un lien émotionnel, souvent réciproque, entre une personne qui soigne et celle qui est soignée, la première se sentant responsable du bien-être de la bénéficiaire. Elle ajoute qu’il s’agit d’un travail mental, émotionnel et physique pour assumer la responsabilité de l’autre dont on se soucie. Carrasco (2007) déclare qu’il s’agit du fait d’être responsable du soin de la vie humaine. Le care qu’on retrouve à la fois dans les sphères privée et publique de l’activité est ainsi généralisé au soin de toutes les personnes qui partagent notre vie quotidienne.
Molinier (2004) souligne que le care ne correspond à aucun sentiment naturel et souligne la pénibilité de cette activité, pénibilité signalée par Guillaumin (1992) au coeur de l’appropriation des femmes. Moujoud et Falquet (2010), récusant elles aussi tout naturalisme appliqué au care, proposent de visibiliser l’aspect matériel de ce travail. Celles-ci inscrivent le care dans le cadre du travail domestique. Modak (2007) invite à ne pas tout englober dans le care : « […] il est difficile de désigner tout le travail gratuit effectué par les femmes pour les hommes valides d’une maisonnée comme du Soin » (p.140).
Le care fait aussi partie du service domestique. Les travailleuses sont alors dévalorisées. Glenn (1992) analyse ce travail, sa dévalorisation, et l’implication des travailleuses discriminées dans sa réalisation. En critiquant la non reconnaissance de la dimension mentale et émotionnelle du care, elle dénonce l’ « exploitation du travail physique, émotionnel et mental des femmes racialisées-ethnicisées au bénéfice des foyers blancs » (p.57). A côté des rapports de race – et aussi de classe – ce sont aussi les rapports Nord/Sud que certaines auteures critiquent dans le care. Hochschild (2004) dénonce le drainage du care des pays du Sud vers les pays du Nord, notamment par la migration des femmes du Sud. Cresson et Gadrey (2004) pointent du doigt une inégalité des personnes face au care, inégalité qui se traduit dans l’externalisation : « Le care délégué aux personnes les moins qualifiées, en cascade, dans le sens descendant des hiérarchies sociales, peut donc être considéré comme un « sale boulot» auquel tous et toutes tenteraient d’échapper, mais seules y parviennent les personnes les mieux dotées scolairement ou économiquement » (p.40). L’externalisation susciterait ainsi des obstacles affectifs et moraux. En France ou en Haïti, les narratrices dans cette recherche s’investissent dans ce travail de soin, dans leur famille ou dans le cadre du service domestique. Et même en externalisant, il reste encore pas mal de responsabilités de care aux mères patronnes, en Haïti et en France. Mais si toutes les femmes sont concernées par le care, la situation des travailleuses mères reste particulière. Giampino (2000) présente ainsi le lien à l’enfant comme le talon d’Achille des mères, la corde sensible, le cordon symbolique sur lequelle tire le système. Cette auteure qui regarde les causes sociales de la culpabilité des mères conclut : « la garde des enfants ainsi organisée, en référence aux contextes économiques et sociaux, montre à quel point la question du travail des femmes et de leur vie familiale subit l’intrication du psychologique, du social, de l’économique et du politique » (p. 231). Tremblay (2011) précise que même dans les pays où les femmes font moins d’enfants, le care reste une activité colossale puisqu’il y a de plus en plus d’attentes sociétales face au care.
Le secteur domestique étant dévalorisé matériellement et symboliquement, les hommes continuent de le fuir et les femmes cherchent à l’éviter. La plupart des individus veulent accéder au travail non-domestique qui pourtant ne reste accessible qu’à une catégorie de personnes: les moins discriminées en fonction du sexe, de la classe et de la race et de l’origine géographique. Les divisions du travail régulent cette concurrence pour le travail productif. Regardons d’abord la division du travail entre hommes et femmes.
Kergoat (1998) analyse la division sexuelle du travail comme enjeu des rapports sociaux de sexe. Elle explique que cette division procède par séparation et par hiérarchisation, ce qui distingue le travail entre les sexes et en même temps élève le travail réservé aux hommes au dessus du travail où sont confinées les femmes. Si cette division réserve certains travaux aux hommes, elle confère aux femmes le domestique. Les sociétés ont changé, et avec les luttes féministes, de plus en plus de femmes accèdent au travail, y compris les métiers les plus masculinisés. Pourtant, cette division du travail reste rigide (Hirata et Senotier, 1996). Les femmes travaillent plus dans le salariat, mais les hommes continuent à se surinvestir dans le travail professionnel. Roux (2008) analyse l’illusion de l’égalité dans les couples et explique comment il existe un décalage entre le discours égalitaire des hommes et leurs pratiques. Il en résulte que les femmes continuent à être suresponsabilisées dans le domestique, au coeur de la double journée. Cela porte à relativiser cette idée de changement. Giampino (2000) écrit à propos de l’égalité au travail « tout bouge, mais rien ne change vraiment » (p. 264), et Kergoat (2009) énnonce : « Tout change, rien ne change » (p.112). Méda (2001) expose que pour émanciper les femmes du domestique il faut émanciper les hommes du travail. Il faut par ailleurs signaler que c’est aussi cette division du travail qui porte certaines femmes, notamment les salariées, à externaliser. Si la relation de service domestique se passe entre femmes, c’est donc aussi à cause des rapports sociaux de sexe, donc de la division sexuelle du travail.
Cependant, on ne saurait expliquer tous les enjeux de l’externalisation par la division sexuelle du travail. Il faut aussi penser aux rapports de classe et de race, ainsi qu’aux confrontations Nord/Sud. Les femmes n’ont pas toutes accès à l’externalisation, et ce sont les plus pauvres, souvent des migrantes racisées du Sud, qui remplacent les autres femmes dans le domestique. En ce sens, on peut dire que ce n’est pas la division sexuelle du travail qui explique l’externalisation mais une articulation de plusieurs divisions du travail. La division du travail est à la fois sexuelle, sociale, raciale et internationale. Pour Masson (2006), divers rapports de production se croisent et, dans la mondialisation néolibérale, il existe une articulation entre les divisions sexuelle, sociale et internationale du travail.
Ces divisions du travail peuvent être analysées avec les mêmes principes de la division sexuelle : la séparation et la hiérarchisation. Aussi, par la division sexuelle du travail, plus les femmes sont pauvres, plus elles risquent de rester confinées dans le domestique, soit dans le travail domestique gratuit ou dans le service domestique. Et par la dévalorisation matérielle du domestique, plus elles restent dans le secteur domestique, moins elles ont la chance de sortir de la pauvreté. Kergoat (1978) et Galerand (2006) proposent ainsi de regarder la classe dans l’analyse des rapports sociaux de sexe. Ces rapports de race conduisent même des hommes vers le service domestique, ce qu’analysent Gluksman (2010) ou Ito (2010). Cette division sociale du travail approfondie dans les analyses marxistes mérite aussi d’être appréhendée en fonction des transformations de la société actuelle. Les classes continuent à exister, mais en parallèle de la « lutte des places ». D’après ce que décrivent de Gaulejac et Léonetti (1994), chaque individu lutte contre la société pour trouver « une place », c’est-à-dire un statut, une identité, une reconnaissance, une existence sociale. C’est aussi dans le cadre de cette lutte qu’il faut inscrire le combat des femmes pour accéder à une place dans le travail non-domestique, de même que celui de nombre de femmes qui se retrouvent déclassées dans le service domestique malgré leurs efforts pour avoir une meilleure place dans le marché. Les individus au travail qui luttent pour avoir une place ne sont donc pas des personnes sans classe, ni race, ni sexe, et comme l’a défendu le Combahee River Collective (2008), leur vie professionnelle et économique est déterminée par l’oppression raciale et sexuelle, en plus des rapports de classe. Il faut donc regarder également la division raciale dite aussi division ethnique du travail. Masson (2009) présente la mondialisation néolibérale comme un apartheid de race qui transforme les migrantes en travailleuses domestiques. Pour analyser la situation particulière de ces migrantes racisées qui sont aussi pauvres, Falquet, Lada et Rabaud (2006) proposent de regarder à la fois les rapports sociaux de sexe, de classe et de race, dans leur (ré) articulation. En plus le cas des femmes migrantes porte aussi à considérer la division internationale du travail qui, dans le cadre de la mondialisation néolibérale prend une nouvelle forme, ce qui porte Federici (2002) ou Verschuur et Reysoo (2005) à parler de nouvelle division internationale du travail. Cette division du travail accroît les inégalités structurelles entre le Nord et le Sud. Cela invite à approfondir les rapports entre Haïti et les pays du Nord comme la France dans l’analyse de la trajectoire migratoire des femmes haïtiennes.
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(1) Selon Descarries et Corbeil (2002) il manque un équilire dans l’analyse du cas des femmes mères, entre une approche différentialiste et naturaliste qui fait l’éloge de la materité et une approche radicale qui échoue à prendre compte de l’expérience maternelle. Messant, Modak, Praz (2001) propose le concept de « production d’enfants » mais ce concept doit être manipulé avec précaution. D’abord, il ne s’agit pas de « production » d’objets mais de sujets. Ensuite, par le processus de personnalisation qui accompagne toujours la socialisation, il existe chez chaque être humain une part qui résiste à l’action des parents et de la société même si elle est influencée par ces instances de socialisation. Enfin, les enfants, « produits » effectivement par les parents et la société, sont aussi producteurs de ces parents et de la société. Le concept de « production d’enfant », s’il permet de rompre avec le psychologisme de la notion de maternité, ne doit pas se construire sur un sociologisme.