Il existe plusieurs études sur la conciliation travail-famille. On peut citer les apports de Cresson et Gadrey (2004) ou de Le Feuvre (2008), entre autres. Il ne s'agit pas ici de reprendre ces théories riches et instructives ou d'en produire d'autres, mais plutôt d'analyser les entretiens et de voir ce que ces histoires nous apprennent sur le travail des femmes et ce que ces apports peuvent nous aider à questionner face à la conciliation. Mes objectifs face au travail hors-domus des femmes leur ont été présentés dès le début de l'entretien, mais elles se sont focalisées plutôt sur le travail domestique et surtout le service domestique.
Ces femmes patronnes se sont très peu fixées sur leur travail dans les entretiens, alors que mon objectif de départ était d’analyser en quoi leur statut de travailleuses soumises aux inégalités professionnelles pouvaient avoir des impacts sur leur statut de patronnes dans le service domestique, sur l'externalisation du travail domestique et donc l'emploi des travailleuses migrantes haïtiennes. C'est finalement moi qui demanderai à Mme Aix de me parler de son travail, après plusieurs rencontres. Cela montre qu'elle aurait pu finir l'entretien sur la relation employeuse-employée, sans parler du travail non-domestique. C'est pareil pour Mme Laguerre qui en fin de compte n'a jamais vu l'intérêt de parler de son propre travail et s'est donc montrée embêtée par mes questions qui lui paraissaient alors hors sujet. A plusieurs reprises, elle me conseille de questionner plutôt les travailleuses haïtiennes elles-mêmes. Il était impossible à Madame Laguerre de faire le lien entre la vie professionnelle de sa travailleuse domestique et la sienne, de voir à quel niveau le travail/service domestique et le travail hors-domus étaient articulés, à quel niveau le « sort » des deux catégories de femmes investis dans ces deux secteurs d'activité se rencontrent, même s'il n'est pas commun. Cela montre comment il est difficile, pour les patronnes mais aussi pour les chercheuses, de faire attention aux deux catégories de travail en même temps, ce qui montre encore une fois que les points de vue sont situés. Les chercheuses du Nord ne regardent que les travailleuses du Nord en analysant le travail des femmes, et parallèlement les interviewées du Nord ne veulent peut-être pas voir en moi la chercheuse qui peut comprendre leur propre point de vue.
Madame Forbe, femme retraitée, est la seule personne qui s'est vraiment attardée sur le travail hors-domus. Et dans son discours, le travail hors-domus prend largement le pas sur le travail domestique et le service domestique. Dans tous les entretiens, elle ne se présente vraiment ni comme épouse ou mère, ni comme patronne, mais comme travailleuse, vendeuse plus précisément. Dans le plus long entretien, elle me parle pendant environ 50 minutes de sa trajectoire professionnelle, contrairement aux autres patronnes qui se sont plutôt centrées sur l'externalisation, les difficultés de conciliation. Pourtant, Madame Forbe représente l'époque où les femmes n'avaient pas vraiment une vie professionnelle aussi intense qu'aujourd'hui, où les femmes se définissaient donc moins par leur travail hors-domus. Même si son discours centré sur le travail non-domestique reflète l'impact de sa vie professionnelle sur sa vie de femme, elle parle moins que les autres de l'externalisation(121), ce qui peut aussi s'expliquer par le fait que Madame Forbe paraît être « plus femme que mère », ce qu’on analysera plus loin(122). Le fait que cette femme soit à la retraite, permet d'avoir accès à sa trajectoire professionnelle en entier, ce qui explique aussi sa longue description, d'autant plus riche en détails qu'elle a vécu beaucoup de changements de postes. De plus, sa description laisse entrevoir quelques aspects du monde du travail depuis la fin des années 40 jusqu'à la fin des années 70. Même si je ne ferai pas une longue analyse de ce qui a évolué, le précieux discours de Madame Forbe permet d'entrevoir une partie de l'histoire du travail des femmes. Il ne s'agit ni de comparer son travail à celui des femmes d'aujourd'hui ni de mettre en perspective son travail hors-domus d'alors avec le service domestique des femmes haïtiennes d'aujourd'hui. J’analyse son parcours non seulement parce qu'elle est la seule interviewée à s’attarder sur le travail non-domestique, mais surtout parce que son parcours professionnel détermine largement sa condition actuelle de femme retraitée qui emploie une assistante de vie haïtienne. Ce parcours détermine son pauvre salaire de retraitée qui lui rend difficile le paiement de sa travailleuse haïtienne.
Sa trajectoire professionnelle est faite essentiellement de trois métiers : vendeuse, couturière, et hôtesse d'accueil. Et pour rendre compte des autres métiers exercés, elle dit : « J'ai fait un petit peu de tout ». Elle a travaillé à onze endroits différents, avec des contrats durant entre 6 mois et 4 ans, et avec parfois des interruptions entre deux emplois. Elle a d’abord travaillé à Paris puis a suivi son mari qui voulait travailler plutôt en province. Et finalement, après 4 ans dans un travail qu’elle admirait et qu’elle présente comme étant le principal, « le plus beau » et celui où elle gagnait le plus, elle a arrêté sa carrière pour suivre son mari qui partait à la retraite. C’était en 1977, Madame Forbe qui n’a pas eu une qualification particulière devait trouver un emploi. Elle s’adressait souvent à des employéEs qui la conduisaient au patron, toujours des hommes, même quand il s'agit d'articles pour femmes ou de magasin où les travailleuses femmes étaient majoritaires. La phrase « Vous n’avez pas besoin d' vendeuse ? » revient systématiquement dans sa narration. Et, c'est par sa grande capacité à aborder les gens et sa popularité qu'elle trouvait du travail, alors que son mari passait plutôt des concours. Souvent, ses compétences en vente, couture et comme hôtesse d’accueil lui permettait de garder son poste. Une fois, une patronne lui a même offert un poste d’accueil en lui disant : « Je vous connais. Je vous ai vue travailler. Vous êtes très aimable. Vous savez recevoir les clients ». Mais à deux reprises, la question de l’absence de qualification s’est posée, notamment dans un travail où elle vendait dans une librairie. Elle explique : « Evidemment, une librairie c'est spécial. Ça je n'y connaissais rien du tout. (…) Alors vendre un crayon, une gomme, un cahier, ça c'était tout simple. Mais les livres... ». Elle a donc été remplacée au bout de quelques mois. Par ailleurs, Le parcours professionnel de cette femme a été largement marqué par la trajectoire de son mari (déménagements, départ pour la retraite). Et les choix de son mari marquent aussi grandement sa retraite. Elle déplore à chaque fois comment ces choix la condamnent à une trop faible retraite qui ne lui permet même pas de payer ses travailleuses de care. Depuis la mort de son mari, qui était un haut fonctionnaire, elle voit donc son niveau de vie baisser considérablement. En plus, la faible retraite de Madame Forbe s’explique aussi par le fait qu’elle a travaillé souvent à temps partiel. Elle rapporte ainsi sa brève négociation avec un patron : « Mais j'ai dit est-ce que c'est possible de travailler en extra — J'avais toujours ça en tête — Ah ben il dit oui. (…) Il a dit oui, parce qu'il était de Paris ». Le parcours de cette femme montre que le travail à temps partiel n’est pas une invention récente, ni que les femmes travaillent à temps partiel uniquement pour le soin des enfants. Madame Aix dit avoir toujours demandé de travailler ainsi, comme pour dire que cela ne lui a pas été imposé. Elle ne mentionne pas non plus le poids des responsabilités domestiques dans ses choix. Pourtant, sans rentrer dans les détails, elle dit souvent qu’elle « voulait » du temps pour sa vie familiale.
Dans les échanges avec Madame Aix, 40 ans, elle ne donne pas beaucoup de détails sur son travail non-domestique. A la fin du premier entretien où elle a surtout parlé de sa nounou, elle se présente uniquement comme une journaliste travaillant dans une grosse agence de presse. Son travail consiste à suivre les activités de plusieurs institutions, à couvrir certains évènements sur lesquels elle écrit des articles. Elle décrit son travail avec une grande modestie, en fait un portrait peu vendeur comme c’est souvent le cas pour les femmes, à cause des rapports sociaux de sexe. Elle explique qu'elle est assez autonome dans son travail, ne se déplace pas trop, ce qui est assez pratique, ajoute Madame Aix qui a insisté par ailleurs sur les difficultés de conciliation. Elle poursuit en exposant son temps de travail. Son horaire est « assez correct », dit-elle, vu qu'elle commence à 9 heures et finit entre 18 h 30 et 19 heures, ce qui lui permet de déposer les enfants à l’école à 8 heures. Elle dit que son travail est souple au sens où elle peut commencer plus tôt. Cette souplesse se mesure uniquement à l'heure d'arrivée et non à l’heure du départ, où les obligations familiales ne lui permettent pas de rester plus longtemps à son boulot. Dans la journée, le travail est assez intensif. Elle doit assister à des réunions où elle doit se présenter à l'heure, et parfois les déplacements sont prévus au dernier moment. Le travail répond aux contraintes liées à l’actualité puisque le fil d'information est censé être du « temps réel ». La dépêche doit sortir environ deux heures après la couverture de l'activité, et il faut que à 20h toutes les dépêches soit prêtes pour l'édition du lendemain matin. « Je ne suis pas censée travailler le soir », dit-elle en expliquant qu'elle couvre très rarement une activité le soir et que l'édition des dépêches de la journée se fait plutôt le lendemain matin et non le soir. Cependant, il lui arrive de travailler le soir chez elle pour rattraper certaines choses. Ses journées, assez remplies précise-t-elle, peuvent ainsi être marquées par la pression ou l'imprévu qui la portent à finir son travail hors-domus le soir à la maison. Dans cette brève présentation de son travail, Madame Aix décrit son statut, son champ, ses activités et ses horaires, des éléments de référence pour comprendre la conciliation et aussi l'externalisation du travail domestique.
Toutefois même si je prends en compte le travail hors-domus des femmes patronnes dans l'analyse de l'externalisation, il faut reconnaître que ce n'est pas uniquement le travail hors-domus des femmes qui explique l'externalisation. Ce travail est un facteur important dans l'externalisation par le fait que, d'une part il agit sur le temps des femmes en les rendant moins disponibles pour les responsabilités domestiques, d'autre part il détermine la capacité ou non pour les femmes de se payer une force de travail pour le domestique(123). « Quand les mamans travaillent, ce n'est pas facile », dit Madame Laguerre pour justifier son choix d'embaucher des travailleuses de care haïtiennes. Toutefois, certaines femmes externalisent même quand elles « ne travaillent pas », sont en congé parental, etc. Ainsi, pour cerner l'externalisation, il ne faut pas se fixer uniquement sur le travail non-domestique des femmes mais aussi sur leur travail domestique: qu'est-ce qui est aussi pénible dans le travail domestique qui porte à vouloir le partager (avec son mari et ici avec une travailleuse domestique) ? Qu'est-ce qu'il y a de si repoussant dans le travail domestique qui porte les femmes à déléguer (le repassage par exemple)? De plus, pour mieux comprendre l'externalisation, on ne doit pas rechercher ses causes uniquement dans le travail des femmes mais aussi dans celui des hommes.
Madame Aix parle elle-même de l'existence de lien entre vie familiale et vie professionnelle. Elle me dit sur le mode de l’humour que les hommes n’ont pas à concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle. Lapeyre et Le Feuvre (2004), Garner, Méda et Senik, (2005) ainsi que Beeman (2011) critiquent le fait que l’on n'analyse pas suffisamment la conciliation du côté des hommes. Les hommes en effets sont surinvestis dans le travail hors-domus, ce qui selon Dominique Méda (2001) ou Elson (2010), les empêche de s'investir dans le travail domestique.
Madame Aix parle du surinvestissement de son mari dans le travail non-domestique comme une excuse face à son absence de la maison. Elle lui cherche alors plusieurs prétextes. D'abord, elle explique comment son mari évolue dans une mauvaise ambiance de travail qui expliquerait sa difficulté à mieux s'investir dans les responsabilités familiales. Il est économiste dans une société de gestion, une grosse filiale où les rapports entre les gens sont assez durs, dit-elle. Rivalités, bâtons dans les roues, sont les expressions employées avant de conclure que dans cette boîte « Le succès de uns ne réjouit jamais les autres ». Dans cette boîte ultra compétitive, il n'y a pratiquement pas de femme. Elle explique que les rares femmes de cette société « avaient toutes des têtes absolument atroces » et ajoute : « des nénettes qui faisaient que bosser. Oh non, y a pas beaucoup de femmes. Ça c’est clair ! ». Elle explique aussi que les autres employéEs sont très jeunes, et renchérit : « Donc il n’y a pas beaucoup d’enfants non plus dans cette boîte », renchérit-elle. Son mari et le manager représentent les plus vieux et les plus productifs en termes d'enfants, ce qui oblige son mari à se caler sur le rythme des autres qui ne correspond nullement aux besoins de sa famille. Partir à 18 heures ou 19 heures n’existe donc pas dans cette entreprise :
« Il essaie de partir vers 19h30-20h, mais... C’est pas ( ???), Il n’est pas rare qu’il revienne à 22 heures ou 23 heures. Mais ce n’est pas bien, on est d’accord hein. (…) Lui, il ne travaille jamais à la maison. Il y a des, il y a des copains qui eux, partent plus tôt, mais ils bossent le soir chez eux. Et ça mon mari dit : ‘ Je ne peux pas. Je préfère rester jusqu’à 23 heures plutôt que de revenir et bosser derrière’. Il ne peut pas. Il coupe, de toute façon il coupe plutôt bien ».
Mais « couper » comme ça, ce n'est pas concilier non plus. En effet, autant qu’on doit critiquer les lois des entreprises managériales dans cette société hypermoderne où la concurrence engendre une inadéquation entre la tâche et le temps, autant qu’il faut considérer la responsabilité des hommes dans leur faible effort de conciliation. De plus, il ne suffit pas de se demander si les hommes sont obligés de rentrer tard ou non mais aussi de regarder ce qu'ils font quand ils rentrent enfin chez eux, alors que les femmes qui, de fait, rentrent plus tôt, s’occupent de toutes les charges domestiques et familiales du soir. Plus tard, on analysera le travail domestique des femmes et l'exemple de Madame Aix dit long à ce sujet. C'est d'ailleurs pour s'occuper de ces tâches qu'elles rentrent plus tôt, ce qui s'inscrit encore une fois dans la division sexuelle du travail.
Les entretiens avec Madame Laguerre et Madame Aix laissent à penser qu'il existe un grand décalage entre l'investissement des hommes dans le travail domestique et celui des femmes. En cela, il est difficile de voir en quoi les compagnons de Madame Aix et de Madame Laguerre sont plus « justes » que celui de Madame Forbe ayant vécu dans les années 50-70. Il existe aujourd’hui encore une rigidité de la division sexuelle du travail (Hirata et Sénotier, 1996). Le décalage persiste malgré l'externalisation du travail domestique. Il persiste alors même que circule l'idée d'une grande participation des « nouveaux hommes », « nouveaux pères », « papas poules » dans la vie familiale.
Les hommes accompagnent parfois les enfants à l'école le matin. Ce travail est le seul qui a été cité dans les entretiens avec les patronnes ou les travailleuses haïtiennes. Il s'agit surtout d'accompagner les enfants sur le chemin, et pas de les préparer ou de préparer le petit déjeuner. Bien entendu, il n'a pas quasiment été question d'hommes qui récupéraient les enfants de l'école le soir, ce qu'on peut encore mettre en lien avec leur surinvestissement dans le travail non-domestique. C'est aussi pour cette même raison que, l'autre travail des hommes repéré dans les entretiens est le soin des enfants le week-end. Quand je demande à Madame Aix si les hommes peuvent aider les femmes à mieux concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle, elle me répond : « Après il y a euh… Oui, mais mon mari il fait déjà beaucoup. Le week-end, il s’en occupe énormément, mais enfin bon ». Il est à noter que pendant que les hommes s’occupent du care le week-end, leur compagne s’adonne aux autres tâches domestiques (cuisine, ménage, rangements, lessive, courses, planification de la semaine, etc.). Cet investissement des femmes dans le travail domestique le week-end est d'autant plus important que les employées domestiques et de care ne travaillent que les jours ouvrables. On pourrait analyser plus longuement cette division sexuelle du travail le week-end pour voir à qui elle profite a priori, d’autant plus que cette division n’est pas claire au sens où les femmes continuent quand même à s’occuper des enfants en cette période. Pourtant, l'investissement des hommes dans le care justifie leur non-investissement dans les tâches ménagères (cuisine, ménage, repassage, lessive, etc.) Dans les entretiens avec ces trois femmes, le travail des hommes auprès des enfants portent un peu à penser les hommes comme des « jouets » pour les enfants, effectivement réservés pour les week-end et vacances. Cela peut en partie s'expliquer par le fait que les hommes connaissent les jeux mieux que les femmes, ce qui provient de leur socialisation genrée si bien analysée par Gianini Belotti (1973). De plus, la suresponsabilisation des femmes dans le care et le travail domestique fait que les femmes restent plus attentives aux enfants, ont plus peur face aux risques pour leur santé puisque ce sont principalement elles qui soignent leur maladie. Cette responsabilité face au bien-être des enfants fait qu’elles sont aussi celles qui « embêtent » plus les enfants (Hochschild, 2003a). Tout cela explique qu'elles participent moins aux jeux des enfants, s'amusent moins de ces jeux qui peuvent plutôt devenir pour elles un travail.
Pourtant, cette suresponsabilisation est souvent expliquée de manière naturaliste et essentialiste. C’est ainsi que Madame Aix explique par exemple les différences d’attitude entre elle et son mari :
« Non, non non. Je ne peux pas dire que lorsqu’il rentre à 23 heures ça le,… Ça ne lui fait pas plaisir du tout… Enfin, il.., je ne pense pas qu’il culpabilise genre : ’Je n’ai pas vu les enfants ce soir !’. Ça l’ennuie de ne pas les avoir vus parce que, il voudrait bien les voir. Mais euh, il ne va pas, ouais non, il ne va pas culpabiliser de ne pas avoir vu les enfants. Ça va l’ennuyer, parce que, voilà, ce n’est pas bon quoi. Il n’a pas envie de vivre tout le temps comme ça. Ça ne l’intéresse pas. Mais non non, il ne va pas du tout euh… ».
Ici, elle oppose l'attitude de son mari face à la culpabilité à la sienne. Mais elle n'explique pas cette différence d'attitude par la responsabilisation des femmes mais plutôt par une différence de tempéraments. Elle dit:
« C’est pour vous dire qu’il participe. (…) Donc, je me plains pas. Mais en revanche, la façon de prendre les choses,… Je suis plus euh, on va dire stressée, angoissée que lui. (…) Ils sont malades, ça m’angoisse hein. Il tousse toute la nuit, je ne suis pas bien. Mon mari, il dort comme une bûche à coté, moi, je me réveille à chaque toux. Je me dis : ‘Pourvu que ça ne s’aggrave pas !’. Je suis tout l’temps,… Lui, il me dit : ‘Arrête ! C’est bon ! C’est qu’un rhume ! C’est pas grave !’ ».
Le fait est qu’hommes et femmes n’investissent pas la parentalité de la même manière (Tabet, 1998 ; Joly, 2011). Les femmes font preuve de plus d’intuition, ce que Gianini Belotti (1973) remarque dès leur tendre enfance où on leur demande de comprendre, prévoir, anticiper. Pour l’auteure, cette intuition est une qualité défensive typique chez les oppriméEs. Comme l’explique Molinier (2003), cette qualité appelé à tort « instinct maternel » résulte de leur suresponsabilisation dans le care où elles finissent par incorporer leur responsabilité.
On ne saurait prétendre que toutes les femmes réagissent comme Madame Aix face à l'organisation des responsabilités familiales, à la maladie des enfants, etc. D'ailleurs si on se réfère aux entretiens, Madame Aix donne l'impression qu'elle est plus habitée par le stress et la peur que Madame Laguerre ou Madame Forbe. On doit donc prendre en compte l'argument de la différence de « tempérament ». Mais les différences d'attitudes, de comportement, de réactions face à une situation ne se construisent pas uniquement à partir des ressources psychiques ou individuelles. Quand je demande à Madame Aix si cette manière d'être stressée peut s'expliquer par son histoire, elle utilise l’histoire familiale plutôt pour confirmer son point de vue : « Moi, quand je l’ai rencontré, qu’on a parlé du divorce de nos parents, pour lui ce divorce n’était absolument pas traumatique. Pour moi, c’était tellement, c’était la fin du monde ! Donc euh, voilà ! Est-ce qu’on peut expliquer le fait qu’il soit cool et pas stressé… Il peut être stressé par son travail. Ça, oui ». On peut alors se demander pourquoi cet homme « naturellement non-stressé » est quand-même stressé par son travail. Peut-être parce que le surinvestissement dans une activité la rend stressante. Et que le non-stress du mari face au travail domestique s'explique par le fait qu'il se décharge en grande partie de cette responsabilité sur sa femme qui y est donc suresponsabilisée. Ce n'est donc ni à « l'instinct maternel » ou la différence de tempérament mais à la division sexuelle du travail qu'on doit se référer ici.
Je pose cette question à Madame Aix : « Est-ce que les hommes peuvent faire beaucoup de choses pour changer ça, par exemple les maris, les pères et tout. Est-ce qu’ils peuvent faire plus, en fait ? ». Et elle me répond : « Oui, mais mon mari il fait déjà beaucoup. Le week-end, il s’en occupe énormément, mais enfin bon. S’il le peut, il le fait quoi. Si si si son boulot lui laisse la possibilité, il le fait ». Pour excuser les hommes, les femmes se réfèrent à leur travail hors-domus. Je demande à Madame Laguerre si les pères s'impliquent dans le travail domestique, et elle me répond : « Mais oui ! Mais le problème c'est qu'ils ont des horaires de travail encore plus longs ». Or c'est la division sexuelle du travail qui explique que les hommes ont des horaires plus longs (Silvera et al., 2004 ; Junter-Loiseau, 2001). C'est cette division du travail qui s'applique à la fois au travail hors-domus et au travail domestique qui fait que les femmes travaillent à temps partiel, ce qui en plus permet aux hommes de travailler plus longtemps. Madame Laguerre qui parle de cette différence d'investissement temporaire entre les hommes et les femmes comme d'un hasard, continue en disant que les hommes passent aussi plus de temps dans les transports : « Moi mon mari il avait fait en sorte que j'habite le plus proche de mon travail mais du coup lui c'est lui qui avait le plus de kilomètres », argumente-t-elle. Planifier une proximité entre le travail des femmes — et pas des hommes — et la maison ne fait que renfoncer le surinvestissement des femmes dans le travail domestique articulé au surinvestissement des hommes dans le travail hors-domus. Et pourtant ici, pour avoir été celui qui a eu l'initiative de cette planification, le mari est innocenté de sa faible implication dans le travail domestique. Il faut questionner les entreprises face aux difficultés de conciliation, mais plutôt en regardant comment ils renforcent la division sexuelle du travail, et non en prétextant que les hommes qui travaillent ne font que subir cette division sexuelle du travail qu'ils participent pourtant activement à renforcer. Avec le terme de « plafond de verre » par exemple, les féministes montrent aussi que les grands dirigeants des entreprises, les personnes occupant les postes de responsabilités dans la plupart des secteurs du monde du travail sont les hommes (etc.), surtout ceux qui sont blancs, ceux du Nord et qui ne sont pas pauvres. D'autres recherches critiquent aussi le fait que le monde du travail est régi par des lois élaborées en référence à des critères masculins. Pour ces deux raisons aussi, on ne peut pas définir les hommes comme de simples « victimes » du monde du travail et donc justifier par l'emprise du travail leur faible investissement dans le travail domestique.
D'autre part, à entendre Madame Aix, on peut dire que les entreprises très compétitives où il y aurait d'ailleurs moins de femmes qu'ailleurs, n’autorisent pas les hommes de mieux s'adonner à leur responsabilités familiales. Sauf que dans son entreprise aussi, moins axée sur la compétition dit-elle, les défis de conciliation sont aussi en vigueur. Même dans les entreprises moins axées sur la compétition, les hommes ne vivent pas plus les « difficultés deconciliation ». Certains diront que les entreprises sont plus conciliantes avec les femmes que les hommes face à la conciliation parce que l'absence des femmes est mieux excusée. Pourtant, cela n’est pas un privilège pour les femmes mais plutôt l'un des rouages du système. Non seulement les hommes ne se débrouillent pas pour concilier, c'est à eux que profitent économiquement l'absence des femmes, leur travail partiel, etc. Aujourd’hui encore, ils gagnent plus, ont les meilleurs postes grâce à leur disponibilité, et finalement ont une
meilleure retraite comme l'illustre le cas de Madame Forbe. Beaucoup d'années se sont écoulées mais à ce niveau, le système n'a pas vraiment changé. Selon Diane-Gabrielle Tremblay (2011), ce qui a vraiment changé c’est que les mères travaillent plus qu’avant, mais les pères continuent à fuir les responsabilités domestiques et familiales. Elle ajoute en regardant le Québec que les hommes avec enfants travaillent d’ailleurs un peu plus que les hommes sans enfant. Madame Aix pense que les entreprises doivent se montrer « compréhensives » face aux obligations familiales. Mais ici encore, elle ne va pas jusqu’au bout de ses critiques. Elle conclut : « l'employeur doit penser à sa boîte ! ».
Il est étonnant de voir comment les mesures des entreprises qui ici renforcent la division sexuelle du travail peuvent paradoxalement déculpabiliser les hommes et parallèlement neutraliser la « colère » des femmes. Or si celles-ci ne se révoltent pas, ce n'est pas parce qu’elles préfèrent s'investir dans le travail domestique. Elles aussi sont très attirées par le monde du travail (travail non-domestique).
Déjà, quand on regarde les descriptions de Madame Forbe, on peut entrevoir un désir de travailler, même si parfois elle disait « avoir choisi » d'arrêter de travail. Ces choix étaient une fois causée par l'ennui. Mais pour le reste, c’était toujours le résultat d'une contrainte (obligation familiale qu'elle n'explicite pas toujours, fatigue, maladie...). On doit aussi noter chez elle tout le plaisir procuré par certains emplois, soit par la tâche accomplie, la satisfaction liée au résultat, la fierté face à son endurance, ou encore la joie de côtoyer des personnes de hauts rangs, de travailler dans des boutiques de luxe, ou dans des beaux quartiers de Paris. En décrivant son troisième travail où elle était vendeuse, elle dit ceci : « Et je ça me plaisait bien. (...) Et ben oui. J’ai toujours aimé ça, les chiffons, les machins ». On doit placer ce plaisir exprimé à côté d’autres déplaisirs ou pénibilité dans le travail.
Quant à Madame Aix, elle a intégré le marché du travail à 25 ans. Même en se plaignant du poids de la double journée, elle idéalise le travail. « J’apprécie beaucoup la vie sociale qui est liée au travail, c'est-à-dire, j’appelle les gens, ils me connaissent… », explique-t-elle. La « vie sociale » est effectivement fondamentale pour l'épanouissement des individus, ce qui manque dans le travail domestique et évidemment dans le service domestique où il manque ce collectif de travail si important selon Lhuillier (2006). C'est de cet environnement social qu'on reçoit la reconnaissance et la valorisation. Madame Aix développe :
« Voilà ! C’est valorisant. Comme en plus, ça fait longtemps que je suis là, je suis euh, enfin, j’ai des gens que je connais depuis des années, qui me font… Enfin, qui me font des compliments sur ma façon de travailler,… Donc, c’est hyper valorisant de travailler. Je je je, je, comment dire, je je rigole avec mes collègues, voilà. Toute cette vie sociale liée au travail, à la fois avec les gens avec qui je suis en relation professionnelle et l’univers du travail, euh, c’est très valorisant. Voilà, vous existez aux yeux des autres ».
Avec les luttes féministes pour l’accès au travail, on reconnait l’importance du travail non-domestique dans l’épanouissement des femmes. Mais certaines femmes finissent par concevoir le travail moins comme un droit mais comme une injonction. Tout cela rentre dans l’image de la superwoman analysée notamment par Hochschild (2003a) dans The Second Shift. Cette image s’oppose à celle de « la femme traditionnelle », s’impose alors que les hommes continuent à se désintéresser du domus. Aujourd’hui, pour certaines, ne pas travailler c'est « ne pas avoir de goût ». C’est ainsi que Madame Aix juge une amie alors qu’elle précise que cette femme à des problèmes de santé qui la touchent régulièrement elle et ses deux enfants :
« C’est une fille super gentille que j’aime beaucoup, j’aime bien discuter avec elle…mais y a un côté chez elle, euh comment dire…Elle a abandonné quelque chose, quoi. Elle a abandonné une ambition (…). Elle est architecte, visiblement elle a du goût, je me dis qu’elle devrait pouvoir faire des trucs quoi. Mais elle abandonne, et c’est comme si elle n’avait même pas de stress par rapport à ça quoi. Elle abandonne, c’est tout ! ‘Je reste avec mes enfants’ ! »
Ne pas avoir d'ambition, de goût, c'est abandonner le travail hors-domus pour s'investir uniquement dans le travail domestique. Or pour Madame Aix, le travail domestique est bien moins intéressant que le travail non-domestique, surtout le care : « Euh, c’est très, c’est très ingrat ce boulot de s’occuper des enfants. (…) tu n’existes pas socialement quoi ! ». Elle continue en critiquant le fait pour les femmes « qui ne travaillent pas » d’être complètement enfermée dans ce rôle de mère :
« Quand vous occupez des enfants, vous vous retrouvez avec les autres mères qui s’occupent de leurs enfants, parfois ce n’est pas toujours évident de les rencontrer (…). C’est un élément qui s’ajoute au fait que s’occuper des enfants c’est difficile, c’est qu’en fait on est tout le temps sur le sujet des enfants. (…) si on est mère au foyer, ça c’est un risque qui guette, c’est toujours ‘les enfants…, les enfants…, les enfants… ’. Et tout prend des proportions trop importantes ».
Le travail hors-domus devient alors une échappatoire à l'emprise du travail domestique. Comme si pour ne pas se laisser aller dans le rôle de mère, les femmes devaient se soumettre à l'attraction du monde du travail qui exerce pourtant une emprise aussi. Or, il n'y pas que le travail comme échappatoire, comme moyen de respirer face au poids des responsabilités domestiques. Il y a aussi les loisirs, la vie associative, etc. Finalement, ce n'est pas parce que les femmes qui s'occupent de leurs enfants « ne travaillent pas » qu'elles n'ont pas d'échappatoire; c'est surtout qu'elles ne font rien d'autres que d'être à la maison. Madame Aix a fait l'expérience du bénévolat comme échappatoire à l'emprise du travail domestique. Elle tenait une heure par semaine la bibliothèque dans l’école primaire de son quartier. Hyperintéressant, super drôle, marrant, sont les termes utilisés par cette femme pour qualifier cette activité. Elle disait aussi : « Je me rendais utile, quoi ! ». C’est ce sentiment d’être utile qui manque au travail domestique non-reconnu par les membres de la famille, par la société et par les femmes elles-mêmes. Cette idée est éminemment sexiste et participe au sentiment de dévalorisation des femmes, celles qui doivent s’arrêter de travailler pendant le congé parental par exemple. Cette dévalorisation s’accompagne d’une culpabilisation d'autant plus que pendant le congé parental c'est surtout le salaire du mari qui assure la vie économique de la famille(124).
Cette idée de l’inutilité de l’activité réalisée dans le domus m’a porté à questionner cette patronne sur ce que pourrait ressentir les nounous qui devraient alors gagner leur vie à s’occuper d’un travail inutile. Se sentir utile, c’est surtout « exister socialement », corrige-t-elle. Or les nounous ne font que ça : rester avec les enfants. Elle en dit :
« Mais la nounou, elle travaille ! (…) je pense que ça fait partie de la difficulté du métier que d’être avec des enfants toute la journée. Ça il faut… Je ne serais jamais nounou moi-même. (…) Je sais très bien que je ne pourrais jamais le faire. Non mais… Dans ma vie, j’ai fait trois fois du baby-sitting, et j’ai compris que ce n’était pas mon truc quoi. (…) Ouais, c’est difficile pour la nounou ».
L'attraction du travail non-domestique sur les femmes s'inscrit aussi dans l'emprise du capitalisme et du néolibéralisme. Les politiques internationales de l'OCDE, de l'OMC et de la CEE ainsi que les ODM, promeuvent le travail des femmes. Les femmes se trouvent ainsi investies « de gré ou de force » dans le marché du travail mondialisé, comme le signale Falquet (2008). Cette injonction sociale empreinte aussi de sexisme est alors intériorisée par les femmes. Cela produit chez elles un souci d'excellence où faire figure de travailleuse représente le fait de réussir sa vie. Le souci de l'excellence devient ainsi la face mentale de l'injonction sociale à s'investir au travail hors-domus, à éviter l'inutilité du travail domestique. On gagnerait à effectuer une étude clinique du travail des femmes pour en cerner certains aspects de leur surinvestissement au travail ainsi que le souci de l'excellence qui explique l'urgence de l'externalisation. La double journée représenterait alors le fondement même de la définition du terme de superwoman. Car, si elles doivent être sur le marché du travail, elles sont aussi, de force, dans le travail domestique. L'attraction du monde du travail et paradoxalement le surinvestissement des femmes dans le travail domestique représentent donc les deux faces d'une même médaille. Et malheureusement, quand Lafargue critique l'emprise du travail dans le monde capitaliste y compris pour les femmes, il ne propose pas pour elles « le droit à la paresse » mais implicitement le surinvestissement dans le travail domestique. Cette attraction du travail hors-domus ayant comme corolaire l'inutilité du travail domestique est aussi au fondement de l'externalisation du travail domestique, et donc de l'enfermement des femmes migrantes pauvres du Sud dans le service domestique. Cet aspect mérite notre attention, même s'il faut nuancer l'idée de « massification de l'emploi des femmes » par le fait qu'elles sont nombreuses au chômage et au temps partiel (Maruani, 2008 ; Talahite, 2010). En plus, se focaliser sur le cas des femmes ne doit pas porter à oublier que ce sont les hommes en premier lieu, à cause de la division sexuelle du travail, qui vivent cette attraction. De plus, ce serait faire preuve de familialisme que de poser la question de la conciliation famille/travail sans poser d'emblée la responsabilité de l'Etat(125). Or de même que Madame Aix ne s’autorise pas à critiquer jusqu'au bout les hommes et les entreprises, elle s’interdit toute radicalité dans la critique de l’État. Elle critique effectivement la réduction de certaines allocations familiales et le peu d’attractivité de l’allocation au congé parental. Mais quand je lui demande si l’Etat doit faire plus pour faciliter l’articulation des temps de vie, elle répond : « Non non non, je ne pense pas que l’Etat,… Je trouve qu’il y a déjà une législation sociale qui est plutôt favorable. (...) Il y a plus en France qu’ailleurs hein (…) Le choix qui n’est pas possible en France, c’est de vraiment s’arrêter de travailler,…(…), de dire qu’on revient après trois ans, et de pouvoir se dire que cela n'aura aucune implication sur sa carrière, sur son poste ». Cette manière d’excuser les hommes, les entreprises et l’Etat ne peut que renforcer la culpabilisation des femmes. Le cas des mères travailleuses semble assez significatif à ce niveau.
Le care est au centre de la conciliation famille/travail. Les entretiens avec Madame Aix et Madame Laguerre font ressortir que ce n'est pas plus le ménage, la cuisine, la lessive, ou le repassage qui rendent difficile l'articulation des temps de vie des femmes mais surtout la prise en charge des enfants. Le care devient ainsi particulier comme travail, et au cœur même du care, la demande pour le soin des enfants se montre encore plus importante que celle qui concerne les personnes malades ou âgées de la famille. Le care se met donc au centre du travail des femmes plus que les autres tâches domestiques, par l'influence des naissances sur le temps de travail (congé maternité suivi parfois de congé parental ou de temps partiel, etc.), par l'impact des maladies des enfants sur l'investissement au travail, par la répercussion des modes de garde sur la disponibilité des femmes pour le travail non-domestique, etc. Tant qu'elles ont des enfants, grands ou petits, malades ou en bonne santé, les femmes ont régulièrement des difficultés de difficultés à articuler travail/famille. Donc il faut considérer non seulement la particularité du care dans l'étude de la conciliation, mais aussi le cas particulier des femmes mères dans l’analyse du travail. « Ben le problème c'est que la sortie d'école c’est à 16h30 et …. Quand on est au travail, on ne peut pas sortir du travail à 4h et demie... Non c’est difficile d'être une femme et de travailler hein ! Et d'avoir des enfants ! », affirme avec raison Madame Laguerre. Madame Aix analyse cette question citant en exemple ses amies ou collègues. Il existe toute une injonction sociale à devenir mère (Messant, Modak, Praz, 2011), et pourtant, personne n'est prêt à partager en toute justice avec les femmes le poids de la maternité. Le mythe de l'instinct maternel est alors utilisé pour suresponsabiliser les mères et construit la précarisation systémique des femmes qui travaillent. Cette précarisation renforce la division sexuelle du travail qui pourtant la produit, une boucle récursive que la maternité visibilise.
Madame Aix a eu son premier enfant 6 ans après son recrutement dans son entreprise. Elle a donc eu le temps de « faire ses preuves », de prendre place dans l'entreprise, ce qui euphémise la déconsidération des femmes après le congé maternité par exemple. Elle dit avoir décidé de prendre un « long » congé de 5 mois. Puis elle a repris le travail à temps partiel (4 jours par semaine). Et depuis, environ 10 ans plus tard, Madame Aix continue à réduire son temps de travail, ce qui s'explique par une succession de maternité (un enfant tous les trois ans, comme elle l’a choisi dit-elle). Mais cette femme dit que chaque congé maternité et chaque congé parental ont eu des impacts négatifs sur sa trajectoire professionnelle. Elle analyse longuement, en prenant en exemple ses collègues, la déconsidération des femmes dans l’entreprise causée par la maternité. Elle note aussi des situations paradoxales : les femmes ont des droits (le congé parental, les jours enfants malades…) ; mais si elles font valoir ces droits, elles sont déconsidérées. Par rapport au congé parental par exemple, elle dit que si une femme s’arrête pendant les trois années auxquelles elle a droit, elle est déconsidérée : « Vous n’êtes pas intéressée par la boîte si vous faites ça. Vous n’êtes pas intéressée par le métier. (…) Vous avez le droit, mais si vous le prenez, vous n’êtes pas intéressée par l’entreprise! ». Et souvent, elles n’arrivent pas à récupérer leur place dans l’entreprise. Elle raconte le retour d’une collègue : « Ils pensaient qu’elle ne reviendrait jamais (…).Et donc, quand elle est revenue et ben, c’était du sureffectif en quelque sorte. (…) Ils lui en voulaient quoi ! Parce que, d’abord elle n’aurait jamais dû revenir ! C’est vrai, elle était gentille, mais... ! ». Pour sa part, Madame Aix qui a eu trois enfants donc trois interruptions dans sa carrière voit ainsi sa progression dans l’entreprise contrariée. Elle explique : « Je ne suis pas au poste où je pourrais être si je n’avais pas eu ces trois interruptions euh… ». Pendant son congé maternité, on devait remplacer sa rédactrice en chef :
« Moi j’considérais que c’était voilà l’ancienneté euh, c’était plutôt à moi, mais non, ça… Le poste il est allé à une personne qui m’avait remplacée lors de mon premier congé maternité et qui était restée après et qui est une fille très bien hein. Seulement, elle était là, moi je n’étais pas là, et puis en fait, ils ont proposé le poste, je crois à plusieurs personnes qui ont refusé, à une ou deux personnes on va dire qui ont refusé, et finalement, c'est arrivé sur elle. Et c’est vrai que je me suis dit pourquoi ils ne l’ont pas proposé à moi quoi ? (…) Et ben non non. Non, parce qu’en fait j’étais en congé maternité, en en congé parental…Non non, ça leur est pas venu à l’esprit de me le proposer. Après, je me suis dit quand même euh, …(…) Après on, on peut toujours dire : 'Oui, t'étais en congé parental, donc on voulait pas te déranger !'. Enfin Bon… ».
Annick Desjardin (2001), Romaine Malenfant (2011) comme Dominique Tangay (2011) critiquent la discrimination particulière des femmes enceintes au travail. Giampino (2000) parle alors de « patriarcat au ventre rond ». Elle accuse la pression sociale et culturelle qui porte les mères à la culpabilité, qu’elles travaillent ou non : « Une mère qui travaille est-elle coupable ? Oui, pour deux raisons : d’abord parce qu’elle est mère, ensuite parce qu’elle est femme. Une mère qui ne travaille pas est-elle coupable ? Oui, pour les mêmes raisons » (p.19). Néanmoins, l’auteure explique que la discrimination bien particulière des mères travailleuses ne vise pas uniquement leur statut de mère mais aussi leur statut de femme. Maruani (2008) visibilise ainsi le fait que plusieurs femmes subissent le temps partiel imposé alors qu’elles ne sont pas de jeunes mères. Et comme on le voit avec Madame Forbe, le travail domestique au sens strict retient aussi les femmes à la maison.
Par ailleurs, Madame Aix s'étale longuement sur la maladie des enfants lors du deuxième entretien. En cas de maladie des enfants, ce sont surtout les mères qui arrêtent de travailler : « il y a celles qui peuvent pas faire autrement que de rester… Et c’est souvent la maman qui reste hein, moins souvent le papa, mais, c’est arrivé chez nous que mon mari prenne une matinée. C’est arrivé. C’est moins courant ». Quand les mères ont des enfants qui tombent souvent malades, elles sont parfois forcées d'arrêter définitivement de travailler comme l’explique Madame Aix pour une collègue. Il en résulte que pour réussir au travail, une femme doit avoir des enfants costauds. Des enfants parfaits pour des travailleuses excellentes, serait le slogan. Or, les enfants tombent souvent malades. « Les enfants, c'est comme ça ! », dit Madame Aix pour expliquer comment les mères doivent souvent faire face à la maladie dans leur vie professionnelle, et quel que soit l’âge des enfants. En plus, faute de structure d’accueil des jeunes enfants, les mères doivent donc faire comme si elles n’étaient que mères. En France où ces structures bien qu’insuffisantes sont plus nombreuses, les mères travailleuses doivent faire comme si elles n’étaient pas mères. La maternité reste ainsi un piège pour les femmes qui travaillent. Madame Aix rapporte certains propos des hommes qui dirigent son entreprise qui par exemple refusent une candidature en disant : « De toute façon, une femme avec des enfants, on peut jamais lui faire confiance. Il y aura toujours un truc ! ».
Par ailleurs, Madame Aix parle aussi du temps partiel des femmes qui a été longuement étudié dans les analyses féministes (Maruani, 2008). Diviser par deux (travailler à mi-temps) pour mieux concilier est selon Giampino (2000) une opération mathématique illusoire qui pénalise les femmes dans leur carrière, leur autonomie financière et dans leur retraite. Madame Aix parle de ses amies qui sont obligées d’occuper des postes moins élevés et donc de gagner moins que leur collègues masculins puisqu’elles sont toujours obligées de rentrer chez elles à 18 heures, parce que souligne-t-elle la nounou part à 19 heures. Et c’est toujours aux mères de remplacer les nounous le soir, et ce sera toujours ainsi tant que les hommes gagneront plus que les femmes. Les inégalités de salaire entre les hommes et les femmes imposent ainsi le temps partiel aux femmes qui, à cause de ce moindre investissement au travail, gagneront moins que les hommes. Encore une boucle récursive au coeur de la précarisation systématique des femmes au travail. Mais cette précarisation qui se fonde sur la division sexuelle du travail pénalise les femmes à un autre niveau. Car travailler à temps partiel ne signifie pas forcément travailler moins dans le travail non-domestique. Obligées de partir plus tôt que les hommes, elles font du temps supplémentaire non-reconnu en ramenant du travail à la maison.
Le temps partiel n’est pas un choix au sens où il est imposé par les défis liés à l’articulation des temps de vie. Mais il n’est pas un choix aussi parce que les femmes ne peuvent pas toujours y avoir recours à leur gré. En cas de surcharge dans les entreprises, il arrive qu’on refuse d’accorder aux femmes un mercredi par exemple en disant : « Mais non, t’a pas droit à un mercredi ! C’est en fonction des nécessités ! », rapporte Madame Aix. En plus, cette patronne raconte que si les entreprises supportent qu’une mère passe du temps plein au temps partiel, elle n’accepte moins facilement d’engager une femme à temps partiel d’emblée.
Tout cela crée des situations difficiles au travail que Madame Aix qualifie de stress. Il existerait donc un stress particulier vécu par les femmes et mères au travail qui mérite d’être visibilisé dans les études sur le travail. La souffrance au travail étudiée par Dejours (2000) notamment doit être analysée avec une attention à la violence qui génère cette souffrance. Et la violence est causée par les rapports sociaux, ceux de sexe ici qui constituent les causes sociales de cette manifestation psychique (le malaise au travail). Cela aide à ne pas renvoyer aux mères stressées toute la responsabilité face à leur mal-être comme le fait Madame Aix parfois. Elle critique une collègue qui n’a pas su gérer la tension, dit-elle, et s’est ainsi exposée à un licenciement. Elle préfère la réaction d’une autre collègue qui « a préféré démissionner ». Indépendamment de leur réaction face au stress, les femmes s’exposent à des ruptures de contrat, que ce soit par négociation, arrangement, démission comme pour la seconde, ou par un licenciement comme pour la première. Et dans ces cas, comme le précise Madame Aix, c’est le salaire du mari qui compte dans ces ménages où les femmes perdent leur place de salariée à la suite d’une maternité. Les femmes sont reléguées ainsi à un travail d'appoint, et deviennent aujourd'hui encore dépendantes financièrement de leur mari même quand elles travaillent. Cela témoigne aussi de la rigidité de la division sexuelle du travail illustrée ici dans une articulation entre le temps des femmes et l'argent des hommes pour renforcer le surinvestissement des hommes dans le travail non-domestique et celui des femmes dans le travail domestique. Les mères sont en difficulté au travail alors qu’elles font beaucoup d’efforts pour s’y insérer. L’externalisation constitue une bonne partie de leur stratégie pour garder un pied dans le monde du travail.
L'externalisation est une manière pour nombre de femmes de tenter de concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle. Elle se présente comme un « choix » pour les femmes qui veulent travailler. Ici, les patronnes analysées sont des femmes françaises, blanches, de classe moyenne comme Madame Aix ; femmes s'investissant au travail comme Madame Laguerre; femmes vivant au-dessus de la précarité même si à la retraite, d'autres comme Madame Forbe peuvent connaître une précarité économique. Toutes trois ont externalisé en embauchant une travailleuse haïtienne, femme noire et pauvre. L'analyse de l'externalisation permet d'appréhender l'articulation des divisions du travail. La division sexuelle du travail n'existe pas sans les autres, en ce sens que le mari qui se surinvestit au travail sait bien — et fait en sorte que — sa femme embauche une main d'œuvre de substitution. On peut supposer qu’il serait obligé de s’impliquer plus si la possibilité d’externaliser n’existait pas. En fin de compte, ce n'est pas surtout le travail domestique des femmes que la main-d'œuvre domestique remplace, puisque les femmes continuent généralement à effectuer des travaux domestiques. Et en même temps, on ne peut pas dire que c'est le travail domestique des hommes qu'elle remplace, puisque ceux-là n'ont pas été suffisamment investis dans le domestique avant. Donc le terme de « substitution » est problématique. Disons que cette main-d'œuvre garantit le maintien du surinvestissement des hommes dans le travail non-domestique, sans pour autant éliminer le surinvestissement des femmes dans le travail domestique. Par conséquent, elle garantit l'investissement des femmes dans le travail hors-domus(126), tout en renforçant le surinvestissement des hommes dans ce type de travail et donc leur faible investissement dans le travail domestique. Des auteures comme Glenn (1992) et Kergoat (2000) ont raison de soutenir que l'externalisation renforce la division sexuelle du travail. Ajoutons qu'elle renforce les divisions du travail. Dans le cadre de cette mondialisation néolibérale, ce que Saskia Sassen (2010) appelle « familles sans épouses » illustrent moins un réel surinvestissement des femmes au travail hors-domus qu'une grande disponibilité de main-d'œuvre pour le travail domestique et le care.
En France, les parents externalisent de plusieurs manières, en fonction de l’âge des enfants. L’école dès trois ans est présentée comme un soulagement économique pour les mères. Ici, il est important de regarder l’école non seulement comme espace d'apprentissage pour les enfants mais aussi comme espace d'externalisation du travail domestique et de care. C’est pourquoi il faut aménager le système scolaire — particulièrement les horaires — non seulement en fonction des besoins d’apprentissage des enfants mais aussi en fonction du travail des mères(127). Mais l’école comme espace de prise en charge collective du care ne se substitue pas à une prise en charge individuelle, à cause du décalage entre les horaires des écoles et ceux des entreprises. D’où le recours aux baby-sitters appelées « étudiantes » par Madame Aix, et « jeunes filles » par Madame Laguerre. Leur travail permet à Madame Aix de rentrer parfois à 20 heures au lieu de 19 heures. A cause des problèmes d’organisation et parce qu’en plus les baby-sitters ne s’occupent pas de l’aide au devoir, Madame Aix a finalement privilégié le système des jeunes filles au pair. La jeune fille au pair de Madame Aix suit des cours le matin, et s’occupe des enfants à partir de leur sortie d’école. Elle habite dans la « chambre de bonne », ce qui rappelle à Madame Aix la « chambre du haut » qui hébergeait dans son enfance les « employées de maison ». Madame Aix a eu 2 jeunes filles au pair, recrutées à chaque fois pour des contrats d’un an. Elles sont « logées, blanchies, nourries », elle leur donne 300 euros par mois comme argent de poche et paie pour ce personnel des charges sociales qui s’élèvent à environ 200 euros par mois. En cela, elle s’estime plus juste que les « bonnes familles du 16e » dit-elle qui exploiteraient les petites Allemandes sans les déclarer. En outre, Madame Aix engage aussi une femme de ménage pour le nettoyage et le repassage, ce qui représente selon elle un grand soulagement. Elle se dit contente de ne pas avoir à faire comme d’autres amies qui passent leurs nuits à repasser. Ici, on note qu’elle ne pense qu’a deux réalités possibles : la surcharge des femmes dans le travail domestique ou l’externalisation du domestique à d’autres femmes. Les hommes, son mari, est une fois encore totalement absent dans sa conception, comme si le partage des tâches devait toujours rester dans le cadre de l’impensé voire de l’impensable.
La division sexuelle du travail porte cette femme à externaliser, mais ce sont les autres divisions du travail qui déterminent le mode d’externalisation qu’elle choisit. Il est un fait qu’en France l’offre d’institutions d’accueil des jeunes enfants est inférieure à la demande des familles. Et comme le dit Madame Aix, la crèche par exemple n’est qu’une réponse partielle à la demande des familles. La crèche ne permet pas vraiment à une mère de se consacrer à son travail puisque l'enfant malade n’y est pas accueilli quand, paradoxalement, les enfants en crèche sont toujours malades. « Je garde mon enfant à la maison, je ne vais pas à mon travail (…) ça fait partie des choses que je trouvais insupportable. Je ne veux pas qu'on puisse me reprocher de ne pas aller à mon travail. Je ne voulais pas avoir des ennuis à mon travail à cause de ça », déclare cette patronne. L'externalisation du care par l'embauche d'un particulier est ainsi présentée comme étant indispensable pour les mères travailleuses, même quand elles auraient recours aux structures collectives. Il existe alors la possibilité de compléter l’offre de la crèche avec l’aide des grand-mères, avec un risque d’ingérence de celles-ci dans la vie familiale, déplore Madame Aix. Les patronnes sont logiquement moins loin géographiquement de leur famille que les nounous migrantes, pourtant elles se servent moins de cette alternative que les migrantes. La nucléarisation des familles du Nord (Benería, 2010) qui garde à distance les grands-parents est aussi à la base de l'externalisation par l'embauche de migrantes du Sud.
Mais Madame Aix a d'autres raisons pour rejeter l'alternative de la crèche. Pour elle, la crèche, c’est l’horreur ! Elle s’exclame : « Ils s’occupent tellement mal de nos enfants ! ». Elle pense que les enfants sont maltraités(128), en plus d’être obligés de s’adapter au rythme du plus grand nombre. Les enfants n’ont pas la possibilité de bénéficier du confort de « la maison », confort décrit aussi par Madame Forbe qui refuse d’aller en maison de retraite. Ce déplacement est ainsi raillé par Madame: « Je t'habille, je te mets ta combinaison.., je te réveille, je t'emmène dans la froid, je te machin...». Cette femme insiste sur la plus value de l’embauche d’un particulier par rapport au recours à la garde collective(129) sans regarder ses privilèges de classe qui lui laissent le choix entre ces deux modes de garde. Je lui demande alors où sont les enfants des nounous. Ils sont plutôt à la crèche, précise cette femme comme une évidence. Cela fait penser à cet épisode intitulé « Loin du 16e » du film Paris je t’aime, car c'est justement parce que les enfants des nounous sont en communauté(130) que les patronnes peuvent éviter la vie communautaire à leurs propres enfants. En occultant les rapports sociaux dans sa comparaison des modes de garde, c’est comme si Madame Aix admet qu’il est normal que deux catégories de femmes existent : les femmes comme elles qui veulent être satisfaites et les travailleuses domestiques qui, finalement, sont là pour que les autres soient satisfaites. Madame Aix a engagé successivement, depuis son premier enfant, plusieurs « nounous ». D’abord, elle a choisi la garde alternée à trois reprises avant d'opter pour la garde simple où la nounou s'occupe uniquement de ses propres enfants, dans sa propre maison : « Elle est chez nous, pour nous. Pas de problème pour les dates de vacances, etc. (…) On gère. On fait l'effort financier. Ce n'est pas grave. Ce n'est pas un problème ». Elle a employé d’abord une Maghrébine, puis une nounou haïtienne. Elle exprime de la gratitude face au dévouement de ces femmes qui gardaient ses enfants de 8h à 18h, vante leur qualité et insiste sur tout le confort que leur présence représente face à ses besoins de conciliation.
L’externalisation reste pour Madame Aix un très gros confort pour sa vie professionnelle. Mais pour tenter de venir à bout de toutes ses responsabilités domestiques, cette mère travailleuse doit à chaque fois installer un système d’externalisation qui fait intervenir au moins deux travailleuses à la maison, ce qui reste encore largement insuffisant quand tous les enfants ne sont pas encore scolarisés. L’externalisation impose donc aux personnes qui emploient un minimum d’organisation. Or ici encore, les hommes restent absents. Les femmes sont suresponsabilisées dans la gestion de l’externalisation, comme si c’était elles et elles seules que les employées remplaçaient.
(121) Ici, il faut aussi tenir compte du fait que l'externalisation était moins important qu'actuellement, même si ce phénomène existait déjà, même dans la ferme où elle a grandi.
(122) Voir Anasthasia Blanché, dans le colloque de l'IISC (2011) et le séminaire sur la relation mère-fille (13-15février 2013).
(123) Il est important d'analyser à la fois le temps et l'argent des femmes dans l'externalisation du travail domestique, même si, au niveau de l'argent, c'est surtout le salaire du mari qui détermine l'externalisation.
(124) Ici, le cas des « mères célibataires » est à considérer car elles ne peuvent compter que sur leur seul salaire qui alors se réduit en cas de congé parental. Le cas de ces femmes est d'autant plus considérable qu'elles seraient, logiquement, celles qui auraient plus besoin de prendre un congé parental, étant seules à porter la charge domestique.
(125) Il faut compter dans l’analyse de ce surinvestissement des femmes dans le domestique accompagnant la déresponsabilisation des hommes de ce secteur, le retrait des États du Nord de la prise en charge de la reproduction sociale (Falquet et al., 2010). La baisse des investissements dans la construction et l'entretien de certaines institutions (les crèches, les écoles, les maisons de retraites, les hôpitaux, etc.), la baisse du budget alloué au fonctionnement de ces institutions, la réduction du nombre des salarié-e-s, le gel des salaires, etc. agissent sur le travail des femmes. On droit aussi compter la réduction de certaines prestations sociales, la baisse de certaines allocations critiqué par Madame Aix.
(126) Elles s’y investissement même si leur investissement est moindre que celui des hommes.
(127) Par exemple, tant que les mères peuvent compter sur une bonne cantine scolaire, elles auront moins de charge domestique. De même, plus on charge les enfants de devoirs de maison, plus les mères seront débordées à la maison.
(128) Sur la maltraitance dans le care, voire Pascale Molinier (2013).
(129) Idée discutable d’ailleurs si on se réfère aux arguments de Giampino (2000) qui défend au contraire que la collectivité est mieux pour le développement des enfants.
(130) Quand ils ne sont pas avec leur grand-mère ou laissés dans leur pays d’origine, ajoutons-nous.